Le premier ministre du Kosovo, Ramush Haradinaj, a été inculpé mardi de crimes de guerre par le Tribunal pénal international (TPI) et il a aussitôt annoncé sa démission. Il devrait se rendre ce mercredi à la Haye où siège le TPI. Les détails concernant son inculpation sont pour l'heure confidentiels. Les autorités serbes croient savoir qu'il devra faire face à une centaine de chefs d'accusation. Après sa nomination au poste de premier ministre début décembre 2004, Ramush Haradinaj avait été interrogé à deux reprises par des procureurs du TPI sur son rôle pendant la guerre du Kosovo (1998-1999).

Dans un appel distribué mardi à la presse à Pristina, le premier ministre démissionnaire demande à ses concitoyens «d'accepter» la réalité de son inculpation et il se dit «innocent de tout crime dont on m'accuse». Il affirme que ses activités pendant la guerre étaient «en accord avec les règles internationales». Après cet appel, le départ du premier ministre devrait se produire pacifiquement et sans émeutes. Les responsables de la KFOR (force multinationale de l'OTAN au Kosovo) ont néanmoins décidé de renforcer leurs effectifs forts actuellement de 18 000 éléments. Cinq cents soldats britanniques supplémentaires faisant partie d'une unité d'élite, les Royal Green Jackets, viennent d'être déployés. Cette même unité était déjà intervenue lors des violences anti-serbes de mars 2004 (19 morts et plus de 900 blessés).

Le risque est cependant de voir encore la région basculer à nouveau dans la violence tant la popularité de Ramush Haradinaj est grande chez les Albanais (90% de la population du Kosovo). Dans le bastion des Haradinaj, à Decani (frontière avec l'Albanie), les anciens combattants ont toujours assuré qu'ils reprendraient les armes si leur ancien chef était arrêté. Et que l'ennemi serait non seulement les Serbes mais aussi la Minuk (Mission des Nations unies au Kosovo) «qui coopère avec le Tribunal de la Haye et arrête des compatriotes albanais qui ont résisté contre l'oppresseur serbe». Après son inculpation, Ramush Haradinaj a d'ailleurs déclaré que la communauté internationale «avait commis une grande erreur en créant un tel tribunal (TPI) qui traite de la même manière les combattants pour la liberté et les agresseurs».

L'ancien premier ministre souffle donc le chaud et le froid. Appel au calme puis dans la foulée accusations à l'encontre de l'ONU qui administre le Kosovo depuis la fin des hostilités. L'homme a une personnalité pour le moins controversée (Le Temps du 25.02.05). Ange ou démon? A la fin des années 80, les habitants de Leysin ont adopté le solide et sympathique immigré kosovar, menuisier, videur de bar et qui à ses heures perdues se mue en rat de bibliothèque pour étudier les institutions suisses. Lorsqu'en 1998 les premiers bruits de botte se font entendre dans la province «berceau du peuple serbe» selon Belgrade, Ramush Haradinaj rejoint le pays, se retrouve vite à la tête de 3000 combattants qui se battent pour l'indépendance du Kosovo, devient le numéro deux de l'UÇK, est surnommé Rambo ou Rambush.

En 2000, il se lance dans la politique, fonde l'Alliance pour l'avenir du Kosovo (AAK) qui ne pèse que 8% des voix et devient le premier ministre du président Ibrahim Rugova. Il déclare aussitôt «que le Kosovo sera indépendant d'ici la fin 2005», sans toutefois fournir de garanties à la minorité serbe (80 000 à 100 000 personnes) qui vit dans des enclaves.

La nomination de Ramush Haradinaj au poste de premier ministre avait elle-même provoqué différentes réactions. Alors que les négociations sur le statut final du Kosovo devaient s'ouvrir en 2005, les Serbes ont refusé de s'asseoir avec celui qu'ils accusent «de crimes contre des civils serbes». La Minuk, pour calmer le jeu, n'a soulevé aucune objection. En revanche, Javier Solana, le haut représentant de l'UE pour la politique étrangère, avait estimé que Ramush Haradinaj n'était pas «le mieux placé» pour travailler au rétablissement des normes de sécurité au Kosovo.

Année de tous les dangers

De leur côté, des observateurs notent que depuis sa nomination, le chef du gouvernement démissionnaire a montré un attachement à suivre l'agenda fixé par le Conseil de sécurité et le Groupe de contact. «Enfin un dirigeant qui prend le taureau par les cornes», avait reconnu un diplomate. International Crisis Group, une ONG basée à Bruxelles, avait prévenu que 2005 pourrait être l'année de tous les dangers au Kosovo en l'absence de tout statut final débattu. Il s'agit de voir maintenant si le départ de Ramush Haradinaj va débloquer la situation ou enfoncer une nouvelle fois la province dans la crise.