Une première comparution pour l'exemple. Ancien chef de la milice tribale Hema dans la province de l'Ituri, au nord-est de la République démocratique du Congo, Thomas Lubanga a commencé, jeudi, à répondre devant la Cour pénale internationale (CPI) de l'accusation de conscription massive d'enfants soldats. Cette audience inaugurale ouvre une session de trois semaines durant laquelle les charges seront examinées une par une. Si elles sont retenues, le vrai procès suivra. Pour sa défense, l'accusé affirme être la victime d'un complot mené par des sociétés minières auxquelles il avait refusé des concessions.

Compétente pour juger les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité et les crimes de génocide commis depuis le 1er juillet 2002 dans les 102 Etats parties qui ont ratifié ses statuts, la CPI a préféré se concentrer, pour ses débuts judiciaires, sur les accusations spécifiques portées contre l'ex-chef de guerre congolais par six de ses anciennes recrues, âgées de 8 à 15 ans à l'époque des faits.

Cette stratégie a frustré les organisations de défense des droits de l'homme, pour qui l'ampleur des crimes commis durant les années de conflit au Congo par Lubanga et ses émules, sous la supervision de leaders politiques congolais actuels, dépasse de loin la question de l'enrôlement de mineurs. Elle est en revanche défendue par son procureur argentin, Luis Moreno-Ocampo, pour qui «l'importance de ce crime est telle que ce procès aura un impact mondial». Selon Amnesty International, 30000 enfants ont été forcés de prendre les armes entre 1996 et 2003 dans cet immense pays d'Afrique centrale où ils représentaient 40% des combattants.

Enfants soldats

Thomas Lubanga, 45 ans, est le premier criminel recherché par ce tribunal permanent qu'est la CPI à avoir été appréhendé. Il a été arrêté en mars 2005 près de Bunia, le chef-lieu de l'Ituri, avec l'aide de soldats français, après l'assassinat de neuf casques bleus bangladais. Il se baladait alors sous la protection d'enfants gardes du corps, entraînés dans des camps que les magistrats de la CPI ont pu visiter, et d'où ils affirment avoir ramené des témoignages vidéo accablants. Son transfert vers la prison de La Haye, siège de la CPI, est intervenu un an plus tard, le 17 mars 2006. Aucun autre chef de milice congolais ne l'a rejoint depuis, malgré les épais dossiers constitués par les enquêteurs de la CPI. Jean-Pierre Bemba, l'un des deux candidats au second tour de la présidentielle organisée le 29 octobre dernier, serait notamment dans le collimateur du procureur Ocampo. Sans conséquence pour l'instant.

Cette première comparution à la CPI intervient alors que la justice internationale est de nouveau mise en question par la récente condamnation à mort de Saddam Hussein par le Tribunal spécial irakien, constitué avec l'aide des Etats-Unis qui n'ont pas ratifié le Traité de Rome de juillet 2002. La CPI, entravée par l'opposition de Washington, a donc jusque-là évité les dossiers empoisonnés comme l'Irak, Israël-Palestine ou les Balkans, pour se concentrer sur trois enquêtes en Afrique: l'Ouganda, le Congo-Kinshasa et le Darfour au Soudan.

Or, même là, ses ambitions butent sur la réalité politique. Au Soudan par exemple, aucune inculpation n'a encore été annoncée, et aucune arrestation n'a eu lieu. Au point que Louise Arbour, la haut commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, a demandé à la CPI «d'agir de façon plus robuste».

Quant à l'Ouganda, l'enquête menée sur l'enrôlement d'enfants et les crimes commis par l'Armée de résistance du Seigneur - la rébellion mystique dirigée par Joseph Kony - risque l'impasse. Le chef rebelle, qui s'est rendu en juillet aux forces gouvernementales, aurait obtenu une amnistie du président ougandais Yoweri Museveni.