Qui sera le représentant des Français de Suisse à l’Assemblée nationale? La campagne bousculée par les polémiques avait laissé les observateurs dans le flou. Plusieurs indices sont tombés dimanche soir avec le dépouillement du premier tour.

Sans surprise, Marc Ferracci, l’ami proche d’Emmanuel Macron, candidat en Suisse pour ces législatives, sort en tête avec 36% des voix selon les résultats provisoires de la soirée électorale partagés par les autorités. Ultra-favorite au vu du score d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle en Suisse (environ 45% au premier tour et 82% au second), la majorité avait désigné cet économiste reconnu qui a participé à plusieurs cabinets ministériels.

Lire aussi: Marc Ferracci, un proche d’Emmanuel Macron «parachuté» en Suisse pour les législatives

Mais la véritable info du jour est qu’en face, on retrouvera Magali Mangin (20% des voix), la candidate de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes) de Jean-Luc Mélenchon. Et ce malgré la crise interne qui a poussé son suppléant à appeler à voter contre elle en la qualifiant de «lobbyiste de big pharma». En avril, Jean-Luc Mélenchon avait fini en deuxième position du premier tour de l’élection présidentielle en Suisse avec 18% des voix dans cette circonscription qui vote d’habitude au centre et à droite. La quatrième place présidentielle était occupée par Yannick Jadot, le candidat écologiste, désormais rattaché à la Nupes. Contrairement à 2017, 2022 est donc une année électorale porteuse pour la gauche. Et la polémique ne semble pas avoir trop perturbé le cours des choses dans ce premier tour. La candidate pense même que cette histoire peut l’avoir servie, au vu des messages de soutien qu’elle a reçus. «Ça fait plaisir, je suis très satisfaite de ce résultat», nous dit-elle.

L’écologiste hors Nupes Roxane Corbran arrive quant à elle en troisième position, avec 9% des voix. Elle pointe juste devant la candidate des Républicains, Régine Mazloum-Martin. Quatrième avec 8,5% des voix, celle-ci double ainsi le score de Valérie Pécresse à la présidentielle et constitue une réserve de voix pour le camp macroniste.

Les candidats d’extrême droite ont fait de petits scores, comme souvent dans cette circonscription. Quant au député sortant des Français de Suisse et du Liechtenstein, Joachim Son-Forget, il est largement éliminé, ne récoltant que 4,5% des suffrages exprimés. Il se présentait en indépendant, après avoir été exclu de La République en marche suite à de nombreuses polémiques.

Lire aussi: Game of Rhône ou la rocambolesque élection des Français de Suisse

Le macroniste Marc Ferracci est donc plus favori que jamais pour l’emporter, quasiment déjà élu disent certains. La mélenchoniste Magali Mangin y croit cependant toujours dur comme fer. «Cette belle mobilisation et notre score au vu des dernières élections me poussent à penser ainsi, nous explique-t-elle. Les gens n’ont pas voté pour des personnes mais pour un programme et des idées. Le bilan catastrophique d’Emmanuel Macron sur l’urgence écologique et sociale, ainsi que sur les violences policières, a été un choc pour eux.»

Valls éliminé

La Suisse et le Liechtenstein constituent la sixième circonscription des Français de l’étranger et pour le premier tour des élections législatives, les Français de Suisse, comme ceux du reste de l’Europe hors Hexagone, ont voté à l’urne ce dimanche, une semaine avant leurs concitoyens vivant en France. Ils ont également pu voter en ligne du vendredi 27 mai au mercredi 1er juin. Le second tour aura lieu pour tout le monde le 19 juin.

Lire aussi: Suppléant malgré lui: l’alliance à gauche explose pour les Français de Suisse

Pour ce qui est des autres circonscriptions, on notera l’élimination de Manuel Valls dans celle de l’Espagne, du Portugal et de Monaco. Investi par la majorité présidentielle, l’ex-premier ministre qui avait échoué à se faire élire lors des municipales à Barcelone a annoncé sa défaite dès ce premier tour: «Si la dissidence et la division ont semé la confusion, je ne peux pas ignorer mon score et le fait que ma candidature n’a pas convaincu», a-t-il écrit sur Twitter avant d’appeler à faire barrage au deuxième tour au candidat de la Nupes arrivé en tête.

La gauche et de nombreux internautes se sont largement réjouis de la déroute de celui qui était devenu l’incarnation des socialistes ayant rejoint le centre et Emmanuel Macron. Stéphane Vojetta, député sortant portant les couleurs de La République en marche (LREM), avait décidé de se maintenir face à ce «parachutage». Indiquant sur son compte Twitter être qualifié pour le deuxième tour, il a appelé dimanche soir la majorité présidentielle à se réunifier derrière sa candidature. En fin de soirée, Manuel Valls a tweeté «Adieu Twitter» puis fermé son compte.