Une onde de choc. Des drapeaux décrétés en berne pour six jours. L’Amérique a hérité d’une nouvelle tragédie nationale et n’a pas fini de s’interroger sur les raisons qui ont motivé le jeune James Holmes à tuer de sang-froid une dizaine de ses compatriotes.

La première du dernier volet de la trilogie Batman, The Dark Knight Rises, a tourné au cauchemar dans la nuit de jeudi à vendredi dans un cinéma bondé d’Aurora, une banlieue de Denver dans le Colorado. Des centaines de personnes venues pour la toute première séance à minuit de ce film – dont la sortie était attendue par des millions de fans aux Etats-Unis –, se sont retrouvées témoins d’un massacre.

Après avoir lancé une bombe lacrymogène dans une salle comble, un étudiant de 24 ans, armé jusqu’aux dents, portant un gilet pare-balles et un masque à gaz, a ouvert le feu sur les spectateurs. Le dernier bilan faisait état hier soir d’au moins 12 personnes tuées et 71 blessés, touchés par balles, dont un grand nombre d’adolescents. L’attaque a eu lieu alors que le film était projeté depuis une vingtaine de minutes et qu’une fusillade se déroulait à l’écran, ce qui a ajouté à la confusion, puis à la panique générale. «Des gens ont commencé à s’effondrer. On était sur le sol pour éviter d’être touchés», a raconté un témoin à la presse locale.

«Tant de violence, tant de mal est insensé», a déclaré Barack Obama, qui se trouvait en tournée électorale en Floride quand il a appris la nouvelle et a immédiatement annulé toutes ses activités de campagne pour rentrer à Washington. Le président américain, qui devait s’adresser à des partisans à Fort Myers, a pris la tribune pour appeler la nation à l’unité et au recueillement. Cette tragédie «nous rappelle à tous ce qui nous unit  en tant qu’Américains», a-t-il encore souligné avant de conclure son discours par une minute de silence à la mémoire des victimes, estimant que cette journée devait être dédiée à «la prière et la réflexion», pas à la politique.

Selon les premiers éléments de l’enquête, pour laquelle plus de 200 agents du FBI et policiers locaux ont été mobilisés, James Holmes n’avait pas d’antécédents judiciaires. Il n’a opposé aucune résistance quand il a été arrêté sur le parking du cinéma, où il avait garé sa voiture. Il avait les cheveux peints en rouge, l’air perturbé et aurait déclaré à la police: «Je suis le Joker.»

Le jeune de 24 ans, originaire de San Diego, en Californie, était en possession de quatre armes – un fusil d’assaut, un fusil à pompe et deux pistolets – et portait une véritable carapace le recouvrant de la tête aux pieds: casque, gilet pare-balles, protège-tibia, protège-nez et même un protège-cou.

Les chaînes de télévision américaines ont très vite diffusé une photo de lui. On y découvre un jeune homme brun au visage rond et cheveux courts, souriant à la caméra. James Holmes vivait en reclus dans son appartement, situé dans un immeuble réservé à des étudiants et employés de l’Ecole de médecine de l’université du Colorado, qui ont tous dû être évacués. Le tueur présumé, un étudiant en doctorat de neurologie, avait piégé son domicile avec des explosifs assemblés de manière «très sophistiquée», selon la police. Des artificiers ont été dépêchés sur place pour désamorcer l’installation, mais l’opération pourrait durer plusieurs jours.

Sur les raisons qui auraient poussé James Holmes à agir, et comment il s’était fourni toutes ces armes, aucune information n’avait encore filtré hier soir. Cette fusillade va inévitablement relancer le débat sur le port d’armes aux Etats-Unis. Un débat habituellement passionné, le deuxième amendement de la Constitution américaine protégeant le droit de «garder et porter des armes».

A quatre mois de l’élection présidentielle, le sujet risque de provoquer de vifs échanges entre les partisans et adversaires du contrôle des armes. L’administration Obama a déjà tenté de réformer la loi sur le port d’armes mais s’est heurtée à la toute puissante NRA (National Rifle Association), l’Association nationale des armes à feu, traditionnellement conservatrice.

Le tueur présumé, un étudiant en doctorat de neurologie, avait piégé son domicile avec des explosifs