états-Unis

Première comparution publique du ravisseur des jeunes filles

Le chauffeur de bus au chômage inculpé hier pour viols et enlèvements n’a manifesté aucune réaction tandis que le tribunal lui signifiait les charges retenues contre lui lors d’une première audience publique ce jeudi. L’enquête commence à révéler les terribles conditions dans lesquelles les trois jeunes filles ont vécu pendant dix ans. La police est accusée de négligence

Mise à jour: 15h00

Ariel Castro, le principal suspect de l’enlèvement, de la séquestration et du viol de trois jeunes femmes durant une dizaine d’années à Cleveland (Ohio, nord), est comparu jeudi matin pour la première fois devant un tribunal de la ville. Il est apparu menotté, les yeux rivés vers le sol et ne s’est pas exprimé durant cette audience qui a duré quelques minutes.

Le tribunal a établi une caution de deux millions de dollars pour chaque cas, s’assurant ainsi du maintien du suspect en détention. Ariel Castro a signé les documents de justice les mains menottées, avant d’être sorti de la salle d’audience.

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Le propriétaire de la maison de l’horreur à Cleveland, Ariel Castro, 52 ans, a été inculpé de viols et de quatre enlèvements: celui d’Amanda Berry et de sa fille Jocelyn, née en captivité, puis ceux de Gina DeJesus et Michelle Knight, toutes quatre libérées mardi grâce à un voisin, ont annoncé les autorités de Cleveland lors d’une conférence de presse conjointe, mercredi soir, riche en révélations.

L’ancien chauffeur de bus scolaire portoricain, qui a donc de facto la nationalité américaine, a été désigné en l’état comme seul responsable des enlèvements par le chef adjoint de la police de Cleveland, Ed Tomba. «Rien ne nous permet de dire que [les deux frères] étaient impliqués ou étaient au courant», a-t-il affirmé. «Ariel a tenu tout le monde à l’écart.»

L’inculpé menait une vie extérieure qui aurait difficilement pu laisser soupçonner ce qui se passait chez lui. Pendant la libération des jeunes filles mardi, il était parti emprunter une tondeuse à un voisin pour aller s’occuper du jardin de sa mère, raconte le New York Times. Un voisin, Roberto Diaz, cité par le Washington Post, affirme aussi qu’Ariel Castro participait à des événements menés pour retrouver les filles disparues, comme des marches en leur honneur ou des distributions de prospectus.

L’oncle d’Ariel Castro, Julio, a pourtant aussi raconté comment son neveu s’était isolé de la famille après la mort de son père en 2004, année de la disparition de Gina, un an après celle d’Amanda et deux ans après celle de Michelle. «Peut-être qu’il était ce genre de personnes qui ont deux vies», a-t-il déclaré sur CNN.

Violences avérées contre son ex-femme

Il est toujours simple après coup de trouver des signes précurseurs dans les histoires de dérapage. Ainsi, en 2005, l’ancienne femme de Castro, Grimilda Figueroa, décédée l’an dernier, avait porté plainte contre lui, l’accusant d’avoir «souvent enlevé» leurs deux filles et de les avoir «empêchées d’être avec [leur] mère». Les documents judiciaires indiquent en outre que Grimilda Figueroa avait eu deux fois le nez brisé, des côtes cassées, les épaules luxées, et qu’elle avait demandé au juge «d’empêcher [Castro] de menacer de la tuer». Mais les services sociaux n’ont jamais enquêté plus avant, alors que les enfants aussi faisaient l’objet de menaces répétées.

Conditions de détention terribles

La libération spectaculaire des jeunes femmes mardi était la première fois depuis dix ans qu’elles quittaient la propriété d’Ariel Castro. Sur NBC, le chef de la police, Michael McGrath, a déclaré avoir la confirmation qu’elles étaient attachées après avoir retrouvé «des chaînes et des cordes dans le couloir».

«Elles n’étaient pas dans la même pièce, mais elles se connaissaient et savaient que les autres étaient là», a ajouté à la conférence de presse mercredi soir le chef adjoint de la police de Cleveland, Ed Tomba, sans confirmer des informations de presse selon lesquelles les jeunes femmes seraient plusieurs fois tombées enceintes.

Selon le New York Times, Michelle Knight aurait eu plusieurs débuts de grossesse et, pour éviter ces naissances, Ariel Castro, en ce cas, l’attachait et l’affamait, frappait son ventre jusqu’à provoquer des fausses couches – ce qui s’est effectivement passé sauf pour une petite fille, Jocelyn, âgée de 6 ans aujourd’hui. L’homme avait plusieurs fois emmené l’enfant à l’extérieur en la présentant comme sa petite-fille. C’est une autre des jeunes filles qui aurait aidé Michelle Knight à accoucher, selon CNN.

Le tortionnaire avait l’habitude de fêter les anniversaires de la disparition des jeunes femmes en leur offrant un gâteau ces jours-là, a raconté l’une d’elles, citée par un de ses cousins. Castro parlait de ces journées comme de leur deuxième naissance.

Retour en famille

La journée a par ailleurs été riche en émotions pour Amanda Berry, 27 ans, et Gina DeJesus, 23 ans, qui sont rentrées dans leur famille tandis que Michelle Knight, 32 ans, restait hospitalisée à Cleveland.

Amanda Berry est retournée après dix ans de séquestration chez sa sœur, avec sa petite Jocelyn. Dans la plus grande confusion et sous les applaudissements, sa sœur a remercié «les médias et les gens pour leur soutien et leur aide pendant ces années».

«C’est un jour joyeux et triste aussi pour Amanda, car sa maman n’est plus là», a confié une cousine d’Amanda. La mère d’Amanda, Louwana Miller, est morte en mars 2006, «de chagrin», selon ses proches.

Le visage dissimulé sous un pull à capuche, Gina DeJesus, qui avait été enlevée en 2004, a retrouvé sa maison familiale, dont la façade était décorée avec une multitude des ballons. «Je me pince toujours pour y croire», a déclaré sa mère, Nancy Ruiz. «C’est mon plus beau cadeau de fête des mères» (qui a lieu ce dimanche aux Etats-Unis).

Même Michelle Obama a réagi

Le retentissement de l’affaire est tel aux Etats-Unis que la première dame a confié mercredi matin que son cœur était «empli de soulagement».

«Imaginez, d’abord perdre un enfant, puis ne pas savoir s’il est vivant, mort ou blessé, garder espoir pendant dix ans et finalement avoir ses prières exaucées est sûrement le plus beau cadeau de fête des mères», a affirmé Michelle Obama sur MSNBC.

Questions sur la police

Après le soulagement viendront forcément les questions sur le rôle de la police. Qui a reconnu être déjà allée à deux reprises à la demeure d’Ariel Castro: en mars 2000 pour une bagarre dans la rue, et en janvier 2004 au sujet d’Ariel Castro, chauffeur de bus scolaire, qui avait oublié un enfant dans un bus. Elle avait alors frappé en vain à la porte du domicile, sans obtenir de réponse. L’enquête s’était arrêtée là.

Plusieurs témoignages recueillis dans la presse mentionnent également des appels passés à la police pour faire état de cris entendus dans la maison de Castro, ou de visages aperçus à la fenêtre. La police a pour l’instant fermement nié avoir jamais été alertée.

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