Les Palestiniens ont soudain réalisé qu'Ehud Barak leur demande instamment ce que son prédécesseur Benjamin Netanyahou n'a pu obtenir d'eux: un report dans l'application de l'Accord de Wye Plantation. La demande du nouveau premier ministre israélien les a à la fois choqués et pris de court. Ehud Barak était venu mardi soir rencontrer Yasser Arafat avec une idée bien précise en tête: convaincre le dirigeant palestinien d'accepter que la dernière phase du retrait israélien, prévue dans l'Accord de Wye Plantation, soit reportée jusqu'au règlement définitif. Ce retrait concerne des lambeaux de Cisjordanie, équivalents à 7% de la superficie totale de ce territoire. Ces terres devaient depuis longtemps passer sous contrôle exclusif de l'Autorité palestinienne. Mais Benjamin Netanyahou, plus soucieux de soigner sa popularité auprès des électeurs de droite que de respecter sa signature au bas du document de Wye Plantation, avait invoqué toutes sortes de prétextes pour ne pas donner l'ordre d'évacuation.

Avec le changement de gouvernement, l'entourage d'Arafat était en droit d'espérer d'Israël qu'il respecte ses engagements. Pour justifier ce report, Ehud Barak évoque des raisons de «sécurité». L'ex-commandant en chef de Tsahal s'est en effet aperçu que l'application de la phase finale de l'Accord de Wye allait isoler quinze à dix-neuf colonies de peuplement. «Cela va créer des frictions quotidiennes, voire des incidents violents, entre ces colons israéliens et les populations palestiniennes des environs», souligne Barak. «Dans ces conditions, il vaut mieux attendre d'avoir tracé les frontières dans le cadre du règlement définitif avant de se trouver confronté à des situations explosives», ajoute-t-il, sûr de parler le langage de la raison.

Seulement les Palestiniens y voient une nouvelle tentative d'entourloupette. D'abord Yasser Arafat a rejeté catégoriquement la demande. Puis, pour ne pas être tenu comme responsable de l'échec, il a souscrit à la proposition de mettre sur pied une commission mixte chargée de réétudier les modalités d'application de l'Accord de Wye Plantation.

Quinze jours de réflexion

Dans deux semaines, Yasser Arafat fera parvenir sa réponse. Entre-temps, Ehud Barak va s'efforcer de gagner le maximum d'appuis. Aujourd'hui jeudi, il se rend de nouveau en Egypte s'entretenir avec le président Moubarak. Il recevra la semaine prochaine la ministre finlandaise des Affaires étrangères Etarja Halonen (Helsinki préside l'Union européenne). Il projette de se déplacer jusqu'à Moscou. Il est surtout en contact téléphonique quasi permanent avec le président des Etats-Unis. Toute cette activité diplomatique n'a qu'un seul but: faire pression sur Arafat.