Les syndicats belges ont retrouvé un adversaire: plutôt discrets durant l’interminable crise politique qui a paralysé le pays entre les législatives de juin 2010 et la formation d’un nouveau gouvernement de coalition le 6 décembre 2011, la Confédération générale des travailleurs belges (CGTB) et ses partenaires ont paralysé jeudi les services publics du royaume.

Motif: l’engagement pris par le gouvernement de réformer le régime des préretraites qui permet à de nombreux Belges de toucher une pension dès 60 ans, même si l’âge légal de la retraite est 65 ans. L’une des dispositions phares du programme entériné par les six partis flamands et francophones représentés au gouvernement (socialistes, libéraux et chrétiens-démocrates, chacun scindés en deux) est en effet de reculer à 62 ans le départ en prépension. Une mesure dont le parlement fédéral a commencé à débattre hier.

Fracture nord-sud

La situation est ironique. Depuis bientôt deux ans, la paix sociale était au rendez-vous en Belgique, dirigée par un gouvernement «en affaires courantes». Mieux: les familiers des longues négociations entre partis menées depuis des mois par le nouveau premier ministre Elio Di Rupo affirment que les syndicats ont été consultés par ce ­dernier, leader des socialistes francophones, alors que leurs représentants nient en bloc. S’y ajoute, comme souvent en Belgique, une fracture nord-sud. Les néerlandophones, au nord, ont respecté à la lettre l’appel à la grève. Pas mal de fonctionnaires francophones, au sud, ont en revanche commencé à débrayer mercredi et voulaient poursuivre ce vendredi.

Le contraste des personnalités et le labyrinthe politique belge compliquent enfin la mise en œuvre des réformes destinées à alléger l’endettement public du pays, à hauteur de 102% du PIB, ce qui a conduit Standard & Poors à dégrader fin novembre sa notation, de AA+ à AA. Elio Di Rupo est perçu en Flandre comme le leader d’un PS responsable de l’état économique déliquescent de la Wallonie. La droite flamande, avec laquelle il gouverne aujourd’hui, l’accuse d’être trop étatiste et laxiste. A l’inverse, le nouveau ministre des Pensions, Vincent Van Quickenborne, est un libéral flamand de 38 ans, vilipendé par les syndicats francophones pour son peu de goût pour le dialogue social.

«La réforme des retraites est incontournable, aussi bien sur le plan économique que politique. Et les syndicats le savent, déplore un éditorialiste. Cette grève générale est donc une démonstration de force.» Difficile, toutefois, d’en prédire l’issue. En Wallonie, certains leaders syndicaux prônent une bataille de longue haleine. Ce que dénoncent déjà les nationalistes flamands de la NVA, arrivés en tête des urnes en Flandre mais maintenus hors du gouvernement. Impossible, selon eux, de rénover la Belgique fédérale dans ces conditions. Elio Di Rupo, à l’inverse, doit prouver le contraire s’il veut que sa coalition gauche-droite l’emporte aux municipales de 2012, et tienne le coup au-delà.

Une nouvelle grève générale est annoncée pour le 30 janvier. Symbole là aussi, puisque le premier sommet européen de l’année est prévu à Bruxelles ce jour-là.