Ce sont les hôtels les premiers qui s’en sont aperçus: il n’y a plus d’Internet ce matin en Égypte, le réseau a tout simplement été suspendu dans la nuit par les autorités. Les services de messagerie sont également touchés. Plus d’email, plus de SMS, plus de Twitter, les écrans restent vides. Dans les maisons mais aussi dans les cafés Internet, les banques, les ministères, les ambassades…

Comme en Iran en 2009, comme en Tunisie il y a quelques semaines, selon tous les observateurs il s’agit bien sûr d’une tentative d’empêcher l’opposition et notamment les jeunes manifestants de s’organiser, la plupart des rendez-vous circulant sur les réseaux sociaux dont notamment Facebook et Twitter. Selon l’université Harvard, qui a mis en place un observatoire des sites inaccessibles, le site Facebook a été bloqué au moins 146 fois entre mercredi et jeudi. Les blocages ont commencé mardi en fait, sans qu’on réalise tout de suite s’il s’agissait de blocages délibérés ou si les sites étaient inaccessibles en raison d’un trop grand trafic. Mais la radicalité du geste de cette nuit est sans précédent: l’Égypte s’est tout simplement coupée du monde numérique. Un cas d’école.

Il faut dire que les Égyptiens sont de grands utilisateurs de l’Internet. Selon l’organisation américaine Open Net Initiative, l’Égypte est un des pays d’Afrique où l’Internet par ADSL est comparativement moins cher, plus de 400’000 connexions à haut débit étaient déjà recensées en 2009 et les Égyptiens partagent facilement entre voisins les abonnements et accès aux réseaux. Un Égyptien sur 4 est un utilisateur d’Internet, 75% ont une connexion chez eux ou partagée, et un quart fréquentent les cafés Internet. Le pays recense aussi plus de 200’000 blogueurs, dont les plus actifs et remuants font régulièrement l’objet d’arrestations et d’emprisonnements, tout aussi régulièrement dénoncés par les organisations comme Reporters sans frontières.

Beaucoup d’Égyptiens se sont informés tous ces derniers jours sur des sites de médias étrangers comme celui d’Al-Jazira ou de la BBC, mais aussi sur des sites nationaux comme cette page Facebook autoproclamée «l’agence de presse des mobilisations de la rue égyptienne» qui a assuré une couverture de la contestation depuis mardi presque minute par minute.

Tous ces derniers jours les connexions Internet ont été sporadiquement interrompues ou filtrées, mais comme en Iran en 2009, les jeunes Égyptiens savent contourner censure et sites fermés en passant par des sites moins connus ou en utilisant des proxys pour brouiller leurs pistes, afin de continuer à alimenter leurs blogs.

Une coupure radicale du réseau est donc la solution que le pouvoir a trouvée provisoirement pour assurer une véritable censure. Mais on voit mal comment cette situation pourrait durer. Un pays ne peut plus disparaître ainsi des écrans radars du monde, il semble d’ailleurs que quelques routes aient été laissées ouvertes comme celle de la Bourse égyptienne.

Ce vendredi matin à Davos, le secrétaire-général des Nations unies Ban Ki-moon a critiqué implicitement la censure égyptienne en déclarant que «la liberté d’expression devait être «totalement respectée» en Egypte.

Sur les sites spécialisés comme Renesys.com, les commentaires sont nombreux pour dénoncer cette action sans précédent.