Le jour décline sur le centre de Beyrouth, et l’arrivée de la pluie est accueillie dans des éclats de rire, mercredi 23 octobre, par les Libanais qui ont pris le pavé pour dénoncer l’incurie et la corruption de la classe politique. Autour de la place des Martyrs, sous les rares arbres, les auvents fraîchement montés et le porche de la mosquée Mohamed al-Amine, on s’invente un abri. Des plaisanteries, des discussions impromptues fusent entre inconnus, le temps de la courte averse. Qui sait les espoirs que fondent les dirigeants politiques sur la mauvaise météo, prévue ces prochains jours, pour clairsemer la foule?

Car rien n’y fait. La mobilisation ne faiblit pas. Des universités ont rouvert leurs portes, mais les étudiants restent dans la rue. «Je n’y retournerai pas, pas en ce moment historique», dit Miled, 23 ans. L’intervention de l’armée, mercredi, pour tenter de dégager des routes bloquées, en dehors de Beyrouth, n’a pas découragé les protestataires, ni permis de lever la plupart des barrages. Les annonces de réformes faites par le premier ministre, Saad Hariri, lundi, restent raillées comme de fausses promesses. «On va continuer à descendre dans la rue, pour maintenir la pression», prévient Myriam, une enseignante.