France

Première polémique sur le grand débat national français

Une ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, nommée par Emmanuel Macron à la tête de la Commission nationale du débat public, a dû démissionner en raison de sa rémunération, jugée trop élevée

Une fois encore, les «gilets jaunes» ont tapé là où ça fait mal. Depuis plusieurs jours, une polémique avait commencé à enfler sur la rémunération perçue par Chantal Jouanno, une ancienne ministre de Nicolas Sarkozy ralliée à Emmanuel Macron et nommée par celui-ci présidente de la Commission nationale du débat public. Payée 14 700 euros brut par mois, soit l’équivalent du salaire du chef de l’Etat (14 910 euros mensuels), l’intéressée s’est retrouvée dans le collimateur des manifestants avant même que ne démarre le «grand débat national» que son institution est censée piloter.

Résultat: elle a démissionné mardi de ses fonctions, sans toutefois renoncer à son emploi… et à son salaire. Une incongruité. De quoi alimenter le discours anti-élites des «gilets jaunes» qui dénoncent, depuis le début de leurs manifestations, la gabegie des finances publiques.

Quatre grands thèmes abordés avec les citoyens

Pour le grand débat national promis du 15 janvier à la fin mars, le départ de Chantal Jouanno est une épine de plus. Car, face à ses promesses, le gouvernement français se retrouve ces jours-ci bien ennuyé.

Officiellement, le Conseil des ministres a confirmé, mercredi, la liste des quatre thèmes qui seront discutés lors des rencontres prévues à travers la France entre élus et citoyens: la transition écologique (comment se loger, comment se déplacer, comment se chauffer?), la fiscalité (quels sont les bons prélèvements, le bon niveau de dépense, la fiscalité efficace et compétitive dans le monde d’aujourd’hui?), la démocratie et la citoyenneté (comment mieux associer les citoyens à la prise de décision, mieux représenter les sensibilités, répondre aux questions des Français sur l’immigration?) et l’organisation de l’Etat et des services publics. Sur le terrain en revanche, les modalités de ces débats restent floues. Aucun agenda des rencontres n’a ainsi, pour le moment, été publié.

Une tournée à travers la France «presque intenable»

La prochaine étape, attendue la semaine prochaine, sera la lettre qu’Emmanuel Macron a promis d’adresser aux Français. Elle devrait contenir les détails sur ce «débat foisonnant» qui, selon le premier ministre Edouard Philippe, multipliera «les instruments et les occasions de s’exprimer». Une plateforme numérique sera installée pour recevoir les doléances des citoyens. Des porte-parole de chaque région seront tirés au sort pour participer à la rédaction du rapport.

La question, en revanche, porte sur le rôle du président lui-même. Lequel s’était engagé, dans son allocution télévisée du 10 décembre, à partir à la rencontre des maires dans toutes les régions de France. Sa première étape aura lieu le 15 janvier dans l'Eure. La seconde, trois jours plus tard, dans le Lot. «Sur le plan logistique et politique, c’est presque intenable, juge un ancien conseiller de François Hollande. Si les Français ont le sentiment que le grand débat devient une opération de communication, le fiasco est garanti.»

Le référendum, thème central

Le grand défi sera de cadrer les discussions. Le gouvernement, qui détaillera l'ensemble de l'opération lundi, a déjà annoncé que des sujets de société tranchés par la loi, comme la peine de mort, l’interruption volontaire de grossesse ou le mariage pour tous, ne pourront pas être remis en cause. Le thème du référendum d’initiative citoyenne, cher aux «gilets jaunes», sera en revanche incontournable. Or y répondre signifie s’engager sur un lourd chantier de réforme constitutionnelle: «Avant de commencer le grand débat, l’important est de préparer les Français à d’éventuelles réponses négatives, poursuit notre interlocuteur. Les gens doivent se sentir écoutés et ils méritent des explications.»

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