Encore un record pour Nicolas Sarkozy! Après celui du nombre des déplacements en Corse et des kilomètres parcourus sur terre et dans le ciel, le ministre français de l'Intérieur vient de battre celui du nombre de journalistes présents pour une conférence de presse consacrée aux chiffres de la délinquance: 250! Les huissiers de l'Hôtel Beauvau, en face de l'Elysée, n'avaient jamais vu autant de monde.

Mais la vérité oblige à dire que la presse nationale et internationale, francophone et non-francophone, se moquait comme d'une guigne, mercredi matin, de la sécurité, qui occupa pourtant la une de l'actualité pendant la campagne présidentielle de 2002. Ce que voulait la presse, c'était voir le Sarkoshow, Sarko dans ses œuvres, Nicolas défiant le président Jacques Chirac de l'autre côté de la rue (LT du 14.01.04). Un Chirac que les Guignols de Canal + avaient imaginé la veille observant la scène à la jumelle…

Les chiffres annoncés par le ministre sont pourtant bons: la délinquance a régressé de 3,38% en 2003; l'élucidation des crimes et délits a progressé de plus de 9%; 232 personnes ont été arrêtées pour activités terroristes. Et si la prostitution résiste encore au bouillant ministre, même la délinquance économique recule.

Nicolas Sarkozy, entouré de la haute hiérarchie de la police et de la gendarmerie, a commenté tout à loisir ces bons résultats, sans chercher, une fois n'est pas coutume, à s'approprier l'excellent bilan de la sécurité routière (20% de morts en moins sur les routes de France) annoncé deux jours plus tôt par le premier ministre Jean-Pierre Raffarin. Mais les journalistes présents voulaient de la politique. Toujours et encore de la politique, dont on dit – à tort – qu'elle n'intéresse plus les Français. Ils voulaient du sang, juste un peu de sang sur le tapis que Sarkozy tente de tirer sous les pieds de Chirac. Il n'y en eut pas une goutte. Malgré neuf questions sur treize consacrées à la politique dite politicienne, Nicolas Sarkozy a fait très légèrement profil bas: «Personne ne sait qui sera candidat, et moi le premier», a-t-il répondu à propos de l'élection présidentielle de 2007. Bien sûr, personne ne l'a cru…