Le président camerounais, arrivé dimanche à Genève pour un énième séjour privé, a reçu une première visite impromptue mardi en début de soirée. Cinq activistes se réclamant de la cause ambazonienne, les séparatistes anglophones en guerre contre le pouvoir central, ont fait irruption devant l’hôtel InterContinenal, où séjourne le président de 88 ans aux commandes de son pays depuis 1982.

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Les manifestants ont fait irruption devant le palace protégé par une haie de policiers genevois. Les visiteurs brandissaient des avis de recherche contre le «génocidaire» Paul Biya. Ils assuraient avoir remis plus tôt dans la journée une lettre de dénonciation à la justice genevoise, demandant l’arrestation du chef d’Etat en exercice, qu’ils accusent d’être personnellement responsable de la répression dans les régions anglophones. «C’est un diable assoiffé de sang», criait l’un des activistes, dénonçant l’accueil qui lui est réservé par la Suisse. «La France s’est excusée pour son soutien au génocide au Rwanda. Quand est-ce que la Suisse s’excusera auprès des Camerounais?» interrogeait-il, alors qu’une autre activiste filmait la scène avec son téléphone portable.

«La police est neutre comme la Suisse»

Durant son interminable règne, Paul Biya a multiplié les séjours privés en Europe, avec une prédilection pour Genève et l’hôtel InterContinental, qui domine le quartier des organisations internationales et le lac Léman. «La police est neutre comme la Suisse, a tenté d’expliquer un agent aux protestataires. Nous protégeons tout le monde.» Il leur a rappelé qu’une manifestation était prévue ce samedi pour permettre aux opposants camerounais de protester contre la présence de Paul Biya à Genève. Via les réseaux sociaux, plusieurs appels ont été lancés à la diaspora camerounaise pour qu’elle vienne en Suisse ce week-end.

Après avoir reçu des renforts, les policiers genevois, quatre fois plus nombreux que les militants ambazoniens, ont fini par les menotter et les embarquer. «La procédure normale pour éviter un accident dans les véhicules de police», a justifié l’agent chargé de l’opération. Derrière les portes vitrées de l’hôtel, plusieurs membres de la délégation officielle camerounaise n’ont rien perdu du spectacle.

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A Berne, l’ambassadeur camerounais en Suisse, Léonard Henri Bindzi, s’était ému dès le lendemain de l’arrivée du président des appels à manifester contre celui «qui incarne» les institutions camerounaises. Dans son communiqué, le diplomate invitait «les membres de la diaspora camerounaise de Suisse à ne pas s’associer aux manœuvres inacceptables visant par ailleurs à ternir l’image» du Cameroun et «à porter atteinte aux excellentes relations d’amitié» avec la Suisse.