Europe

Premières escarmouches entre Athènes et Bruxelles

La Grèce brise l’unanimité européenne sur les sanctions contre la Russie. Les ministres européens des Affaires étrangères se réunissent jeudi pour discuter de la crise Russie-Ukraine

Athènes et Bruxelles: premières escarmouches

La Grèce brise l’unanimité européenne sur les sanctions contre la Russie

A peine installé, le nouveau gouvernement grec s’est déjà engagé sur la voie de la confrontation avec Bruxelles. Mardi soir, le premier ministre Alexis Tsipras a récusé, non sans une certaine véhémence, un appel lancé par Donald Tusk au nom des Vingt-Huit. Le président du Conseil européen demandait, en marge de la réunion des ministres européens des Affaires étrangères de ce jeudi à Bruxelles, que soient prises de nouvelles sanctions contre la Russie. «La Grèce n’est pas favorable à cette politique», a averti le nouvel homme fort grec dans un communiqué.

«Personne ne s’attendait à ce que la Grèce fasse d’emblée bande à part sur une question de politique étrangère, explique Ian Lesser, directeur de German Marshall Fund, un centre d’analyses politiques à Bruxelles. Nous imaginions que le nouveau gouvernement mobiliserait toutes les énergies pour négocier une restructuration de la dette et pour construire un nouveau programme qui mettrait fin à l’austérité.»

Dominé par Syriza, parti de la gauche radicale, le gouvernement grec n’a pas encore détaillé sa politique vis-à-vis de la Russie. Mais la nomination de Nikos Kotzias aux Affaires étrangères donne quelques indications. Transfuge du Parti communiste grec ayant rejoint Syriza et politologue, il est connu pour avoir applaudi la répression contre le mouvement Solidarité en Pologne dans les années 1980. Désormais, il défend des relations bilatérales plus étroites avec Moscou, avec qui la Grèce a des liens historiques. «Quiconque pense que nous sacrifierons notre souveraineté à cause de notre dette se trompe», a déclaré le ministre mardi après sa prestation de serment.

Freiner les privatisations

«Malgré ses différends, l’Union a condamné l’agression russe en Ukraine d’une seule voix et a imposé des sanctions contre Moscou, poursuit Ian Lesser. Nous verrons si la Grèce rompra l’unanimité européenne. Si c’est le cas, les conséquences pour la diplomatie européenne seront désastreuses.»

La voie de la confrontation entre Athènes et la troïka (Commission, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) est toute tracée. Cette dernière insiste sur la poursuite du programme d’ajustement qui arrive à terme en février prochain avant l’adoption d’un nouveau. Les nouvelles autorités grecques ne veulent pas en entendre parler. Elles ont même annoncé mercredi leur intention d’arrêter le programme de privatisations négocié avec la troïka, concernant notamment le port du Pirée, la compagnie nationale d’électricité DEI et d’autres infrastructures, dont les aéroports régionaux. L’abandon de ce programme sera inacceptable pour la troïka, qui supervise un prêt de 280 milliards d’euros accordés à la Grèce par les Etats et institutions internationales.

Après le changement politique à Athènes, plusieurs chefs de gouvernement européens ont indiqué que le maintien de la Grèce dans la zone euro impliquait le respect de ses engagements. Réponse hier du nouveau ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis: «Nous ne voulons pas de duel entre la Grèce et l’Europe, ni savoir qui cédera le premier. L’Europe a prouvé qu’elle pouvait trouver des solutions et éviter des ultimatums.» Le ministre précisera sa stratégie au chef de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, vendredi à Bruxelles.

Proche-Orient: divergences

A l’avenir, d’autres dossiers sont tout aussi susceptibles d’empoissonner les relations entre Bruxelles et Athènes. A commencer par l’accord de libre-échange entre les Etats-Unis et l’UE, en négociation, et l’Accord économique et commercial global Canada-UE, en voie de ratification. Les députés européens de Syriza s’y sont opposés.

La confrontation est aussi annoncée sur la politique européenne au Proche-Orient. Alors que Bruxelles plaide pour un dialogue constructif entre Israéliens et Palestiniens, Syriza s’est toujours fait l’avocat acharné de la cause palestinienne. Après l’entrée au gouvernement de la gauche radicale, la presse israélienne craint son influence sur la politique européenne à l’égard de l’Etat hébreu.

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