Le compte à rebours est enclenché. Sous la pression des agences de notation, et alors qu’une bataille verbale s’est engagée ces derniers jours entre Paris et Londres à propos de l’état respectif des économies du Royaume-Uni et de la zone euro, le projet de futur traité «pour une Union économique renforcée» sera pour la première fois débattu mardi à Bruxelles.

Le texte, qui reprend largement les conclusions du dernier sommet européen du 9 décembre, devrait être aussi débattu par les ministres des Finances de la zone euro lors d’une réunion extraordinaire ou d’une conférence téléphonique, lundi ou mardi. Avec pour objectif de convaincre les marchés sur le calendrier du début 2012 et sur la faisabilité du futur traité : «Il ne s’agit plus de rassurer, mais de prendre date jugeait ce week-end à Bruxelles un responsable du Conseil européen. Le pire serait que ce traité soit perçu comme une nouvelle manœuvre de diversion, tandis que l’UE plonge dans la récession ».

Trois points vont d’emblée dominer les discussions de cette fin d’année. Le premier est la crédibilité de la réponse financière à la crise de la dette souveraine que la zone euro doit apporter en parallèle de ses travaux institutionnels. Les émissions obligataires des dix-sept pays dotés de la monnaie unique en 2012, rappellent les experts, s’éléveront à près de 800 milliards d’euros. La note Triple A de la France est donnée perdue. L’Italie, à elle seule, devra emprunter prés de 100 milliards d’ici au sommet européen de mars durant lequel le nouveau traité intergouvernemental devrait être signé.

Or un nouvel avertissement est venu la semaine dernière du FMI. Son économiste en chef, Olivier Blanchard, a affirmé que les pare-feu européens existants demeurent «insuffisants» . Les ministres des Finances de l’eurogroupe doivent donc trouver les moyens de les renforcer d’urgence, d’une part en recapitalisant le FMI pour lui permettre de dégager plus de fonds pour le vieux continent, d’autre part en parvenant à un accord sur les moyens du futur mécanisme permanent de stabilité (MES) qui s’ajoutera, à partir de juillet 2012, à l’actuel Fonds européen de stabilité financière (EFSF). Autre priorité : boucler avec les banques le dossier de la restructuration de la dette grecque qui prend du retard.

Le second point à éclaircir est la configuration du futur traité intergouvernemental. Il est d’abord important que le Royaume-Uni, présent à la table des discussions comme observateur, ne les bloque pas. Ce qui suppose de calmer le jeu politique entre Paris et Londres. Il faudra ensuite clarifier le rôle des institutions communautaires et surtout celui de la Commission, seule capable d’être un gendarme budgétaire efficace à l’avenir. Or le texte actuel ne lui accorde pas les pouvoirs «intrusifs» qu’elle réclame. La future convergence fiscale, souhaitée par Bruxelles, est aussi floue. Les débats promettent dès lors d’être vifs, attisés par les représentants du Parlement européen qui seront présents aux discussions. Celui-ci a nommé le libéral belge Guy Verhofstadt, le socialiste italien Roberto Gualtieri et le conservateur allemand Elmar Brok, avec comme suppléant le vert Daniel Cohn-Bendit. Tous les quatre fédéralistes déclarés et partisan d’une forte intégration communautaire.

Troisième point : le calendrier et les «trous» juridiques du projet de traité. A partir de celle de mardi, les réunions vont de succéder jusqu’à un premier sommet européen évoqué pour le 3 février, lors duquel une version finale sera soumise aux Chefs d’Etat ou de gouvernement. Mais déjà, la question est celle de son entrée en vigueur, prévue actuellement dès que neuf pays de la zone euro l’auront ratifié. Problème : quid des autres pays, puisque le texte, même en vigueur, ne s’appliquera pas pour eux ? Exemple la France, qui sans aucun doute ne pourra rien ratifier avant les législatives de juin 2012… Autre énorme écueil : jusqu’où aller dans les concessions faites aux pays non membres de la zone euro pour les conduire à se rallier, comme ils l’envisagent ?

Difficile, dans ce contexte, de prévoir une intervention rapide et massive de la BCE, évoquée comme « la » solution, mais par la plupart des observateurs, mais empêchée par les traités et l’objection de l’Allemagne, toujours résolue à jouer la montre pour obtenir un traité le plus rigoureux possible. Au risque de nouvelles déflagrations financières.