Syrie

Les premiers évacués quittent les quartiers rebelles d'Alep

Quelque 4000 personnes sont concernées par l’opération d’évacuation, selon la télévision syrienne. Bachar el-Assad s'est félicité jeudi de la victoire de ses troupes

Les premières évacuations des quartiers rebelles d'Alep ont commencé ce jeudi, une opération qui devrait à terme sceller la victoire du régime un mois après le lancement de son offensive pour reconquérir la totalité de la deuxième ville de Syrie.

Le premier convoi à partir était composé d'ambulances et de bus avec à bord 951 personnes, dont plus 200 rebelles, et 108 blessés dont des insurgés selon une source militaire. Il a quitté dans l'après-midi le quartier d'Al-Amiriyah encore tenu en partie par l'opposition pour se rendre dans celui de Ramoussa, aux mains du régime.

Lire aussi: L’Iran a fait capoter l’accord sur la reddition d’Alep

Le CICR sollicité

Un peu plus tard, ces véhicules «sont arrivés» en territoire rebelle, dans l'ouest de la province d'Alep, a indiqué Ahmad Al-Dbis, à la tête d'une unité de médecins et de volontaires qui coordonnent les évacuations. Le convoi était ouvert par des véhicules du Comité international de la Croix-rouge (CICR) et du Croissant rouge syrien avec leur drapeaux, suivi par 13 ambulances et 20 autobus verts.

«Une fois que le convoi arrivera à bon port, il retournera prendre d'autres personnes pour une seconde navette et ainsi de suite. Nous allons continuer tant que les conditions le permettent», a indiqué Ingy Sedky, la porte-parole du CICR en Syrie. En fin de matinée, l'organisation internationale indiquait sur Twitter que l'opération concernait prioritairement 200 blessés, dont certains gravement.

Bachar el-Assad revendique la «libération» d'Alep

Quelque 4000 rebelles et leurs familles sont concernés, selon la télévision syrienne, par cette opération d'évacuation qui pourrait durer plusieurs jours.

La perte d'Alep représente un revers cuisant pour la rébellion, qui avait conquis la partie orientale de la métropole en 2012. Pour le régime, cette victoire, rendue possible grâce au soutien de la Russie, est le plus important succès du pouvoir depuis le début de la guerre en 2011. 

Le président syrien Bachar el-Assad s'est félicité jeudi de la victoire de ses troupes à Alep et a affirmé que les Syriens «écrivaient l'Histoire», en chassant les rebelles de la deuxième ville du pays. «Je veux assurer que ce qui se passe aujourd'hui, c'est l'Histoire, que tout citoyen syrien est en train d'écrire», a lancé le chef de l'Etat dans une courte vidéo postée sur le compte Facebook de la présidence.

«Avec la libération d'Alep, on dira que la situation a changé, pas seulement pour la Syrie, pas seulement pour la région, mais pour tout le monde», a-t-il lancé, sourire aux lèvres, sur la vidéo qui semble filmée par un téléphone portable.

L'accord de jeudi fait suite à l'échec d'une précédente initiative, conclue mardi par la Russie et la Turquie, parrains respectifs du régime de Bachar el-Assad et de l'opposition, qui avait finalement capoté mercredi.

Pleurs et soulagements

Les premières personnes à partir se sont agglutinées dans les bus, s'asseyant sur les sièges ou à même sur le plancher. La confusion régnait parmi les gens qui se demandaient s'il y aurait un autre convoi dans la journée, côté rebelle. 

Des personnes âgées pleuraient mais d'autres évacués étaient heureux de sortir de l'enfer. D'autres encore hésitaient à monter à bord des bus, craignant que le régime ne se livre à des fouilles. Quand les bus ont traversé Ramoussa, des femmes ont lancé des «youyous» des balcons. La chaîne du régime a diffusé des images du convoi.

Aucun chiffre n'a été avancé mais l'opération devait débuter avec quelque 200 personnes, principalement des blessés et leurs familles, selon un responsable rebelle et un coordinateur humanitaire. Le trajet vers la région de Khan al-Assal, dans la province d'Alep prend en moyen 15 minutes. De là certains pourront se rendre vers la province d'Idleb, la dernière place forte de la rébellion, qui contrôle également quelques poches à Deraa (sud) et près de Damas.

Tirs de l'armée syrienne sur une ambulance

Ahmad Al-Dbis, à la tête d'une unité de médecins et de volontaires qui coordonnent les évacuations, avait rapporté dans la matinée des tirs de l'armée syrienne sur une ambulance qui ont blessé trois personnes, dont un membre des Casques Blancs, ces secouristes dans le secteur rebelle.

Des volutes de fumée blanche s'élevaient des quartiers rebelles. Les derniers habitants brûlaient leurs maigres possessions et les insurgés leurs documents, selon des responsables du régime. Une source proche du régime au fait des négociations a indiqué que des pourparlers se sont terminés jeudi à 03H00 (01H00 GMT). Au terme d'un accord, les blessés et leurs familles sortiront les premiers puis les rebelles et leurs familles ainsi que «250 militants» anti-régime non armés.

Par ailleurs, des blessés et malades de Foua et Kefraya, deux villages chiites, assiégés par les rebelles dans la province d'Idleb, pourront aussi être évacués vers des zones du régime.

29 bus, des ambulances et des équipes médicales se dirigeaient vers ces deux villages pour évacuer «les cas humanitaires et un certain nombre de familles», a indiqué un responsable du régime à l'agence étatique Sana. Quelque «1200 blessés et malades et leurs proches» sont concernés, selon une source sur le terrain.

Echec de la première tentative d'évacuation

Mercredi, des centaines de Syriens à Alep avaient attendu en vain dans le froid de pouvoir quitter leurs quartiers assiégés depuis juillet par le régime. Mais, après quelques heures de calme, les violences entre forces prorégime et insurgés avaient repris de plus belle.

L'accord de jeudi a été annoncé un mois jour pour jour après le lancement par le régime de la campagne de bombardements et de combats intenses menés par l'armée syrienne et des combattants étrangers, dont du Hezbollah libanais et de milices irakiennes.

«Environ 100 000 personnes sont encore piégées sur un territoire de 5 km2» à Alep, selon Médecins du Monde. En quatre semaines, l'offensive a coûté la vie à plus de 465 civils à Alep-Est selon l'OSDH, tandis que 149 civils étaient tués par des tirs rebelles à Alep-Ouest.

La Russie et l'Iran doivent participer le 27 décembre à Moscou à une réunion avec la Turquie pour discuter d'une solution politique au conflit en Syrie qui a fait plus de 310 000 morts depuis mars 2011. 

«La condition, c’est un cessez-le feu»

En arrivant à un sommet européen, François Hollande a condamné l'attitude de la Russie dans ce conflit. Le président français l'accuse de ne «pas tenir» ses engagements sur une trêve. Pour le chef de l'Etat, «l’urgence» est «de faire évacuer le plus possible la population qui ne peut plus supporter les bombardements et les massacres et qui veut en toute sécurité quitter la zone».

Lire également:  Faire régner l’ordre sur les ruines d’Alep

«La deuxième priorité, c’est de pouvoir faire accéder à Alep l’aide alimentaire et les médicaments pour la population qui voudrait rester», la troisième étant «de protéger tous les établissements hospitaliers autour d’Alep». «La condition, c’est un cessez-le feu et c’est ce que le Conseil européen doit exiger», a ajouté le président français.

La perte d’Alep représente un revers cuisant pour la rébellion, qui avait conquis la partie orientale de la métropole en 2012. Pour le régime, cette victoire, rendue possible grâce au soutien de la Russie, est le plus important succès du pouvoir depuis le début de la guerre en 2011.

Publicité