Ils attendaient la nouvelle depuis plusieurs mois. Vingt-huit réfugiés bloqués à Athènes vont enfin prendre leur avion pour Zurich ce jeudi. En signe de solidarité avec les autres pays de l’espace de libre circulation Schengen, la Suisse s’est engagée à participer au programme européen des relocalisations. Elle accueillera en tout 1500 personnes envoyées depuis l’Italie et la Grèce.

Ce sont les premiers à partir d’Athènes. Joints au téléphone, Shevan et sa femme Shama ont le sourire dans la voix et le ton fébrile: «Les nouvelles sont bonnes. Nous partons demain», annonce le père de famille de 26 ans. Après presque quatre mois d’attente, ces Kurdes de Syrie n’y croyaient presque plus.

Mardi, 26 Syriens, un jeune Irakien et une Erythréenne ont été accueillis dans les locaux de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) en charge de leur transport. Pendant deux heures et en présence de l’officier de liaison de l’ambassade de Suisse en Grèce, les équipes de l’OIM leur ont expliqué les règles de vie en Suisse. Shama, d’un ton espiègle, raconte les anecdotes qu’elle a retenues: «Ils nous ont parlé du mode de vie. Il y a beaucoup de règles. Pour pêcher par exemple, il faut avoir un permis, dit-elle en riant. Ils nous ont aussi dit que c’est à nous de saluer les gens en premier et ils nous ont parlé de l’égalité entre les femmes et les hommes.»

«Un pays sûr»

Pour ce jeune couple, tout cela semble aller de soi. Début septembre, assis dans un café du centre-ville d’Athènes, ils racontaient leur histoire au Temps. Comme tous les réfugiés relocalisés en Europe, ils n’ont pas choisi leur destination, mais ils étaient particulièrement heureux d’apprendre qu’ils iraient en Suisse, explique Shama, jeune femme aux traits doux et aux cheveux lâchés sur les épaules: «J’ai mon frère et mon oncle en Suisse. Ils vivent à Fribourg», explique-t-elle. Cependant, pour son mari Shevan, le plus important était que «la Suisse ne participe à aucune guerre, c’est un pays sûr». Ils citent également la qualité de l’éducation en Suisse, pour eux, mais aussi pour leur fille de quatre mois. Elle parlera quatre langues, dit-il avec fierté, «allemand, français, italien et… romanche», ajoute-il avec un peu d’hésitation.

Argent versé aux passeurs

Avant la guerre, tous deux étaient étudiants en génie pétrolier à Deir ez-Zor, une ville de l’est de la Syrie, désormais aux mains de l’Etat islamique. «Lorsque la situation s’est dégradée, nous sommes partis continuer nos études à Hassaké [nord-est]. Puis lorsque nous avons terminé, Shevan a dû se cacher, car il risquait d’être enrôlé dans l’armée régulière. En février dernier, nous avons décidé de partir», se souvient Shama qui garde un œil protecteur sur leur fille dans la poussette juste à côté d’elle, un don d’amis grecs. Pour le premier vaccin de leur fille, ils ont dû faire appel aux organisations humanitaires, car ils étaient incapables de payer les 120 euros nécessaires. Alors que leurs économies sont passées dans les mains des passeurs, ils sont reconnaissants envers les ONG, mais en ont assez de dépendre des autres.

Shevan explique: «Nous voulons reconstruire notre vie nous-même. Nous avons juste besoin d’un peu d’aide, pour apprendre la langue et étudier. Ce qu’ils vont nous donner, nous allons leur rendre en aidant leur communauté comme nous le pouvons, en travaillant.» Lors de la rencontre à l’OIM, on ne leur a pas caché que les choses ne seraient pas simples. Sans parler la langue, il leur sera difficile de trouver un travail. Ils logeront d’abord dans un premier centre d’accueil durant nonante jours maximum, le temps de s’occuper de leur demande d’asile. Ils seront ensuite répartis dans les différents cantons et les cours de langue pourront enfin commencer.

Alors que les départs depuis l’Italie ont débuté en mai, en Grèce cela a pris plus de temps «à cause d’une discussion sur la prise en charge des coûts de transports», explique-t-on au Secrétariat d’Etat suisse aux migrations. La question a été finalement réglée. Comme pour les relocalisations vers d’autres pays engagés dans le programme, c’est l’Union européenne qui finance le voyage par le biais de l’OIM.