Rapprochement avec l'Europe, collaboration avec le Tribunal pénal international, porte ouverte à tous les réfugiés qui désirent rentrer au pays: tels sont les principaux points du projet gouvernemental du dirigeant social-démocrate Ivica Racan, qui a reçu quelques journalistes. Pendant l'entretien, une centaine d'employés d'une entreprise menacée de délocalisation manifestait sous les fenêtres du siège du Parti social-démocrate, en scandant «Le nouveau gouvernement est notre espoir…»

Le Temps: Quelle sera la première action de votre gouvernement?

Ivica Racan: Il existe une immense attente sociale que nous ne pouvons pas décevoir. La tâche sera pourtant difficile et nous devrons rapidement informer la nation de la situation réelle du pays. Il y a trois priorités. Il reviendra au gouvernement et au parlement de prendre une série de mesures d'urgence pour faire face à la situation sociale. Nous serons toutefois limités par le budget déjà voté pour cette année, mais nous devrons montrer par des gestes forts que nous entendons tenir nos promesses. Il faudra ensuite réformer le système politique. Mon analyse est que nous devrons changer les pratiques de pouvoir avant de modifier la Constitution. Il s'agit de renforcer la réalité de la démocratie parlementaire en Croatie. Le troisième axe consiste à développer la collaboration avec la communauté internationale, et avant tout avec l'Union européenne. C'est en faveur de cette politique que les citoyens se sont exprimés.

– Quelles mesures concrètes à propos des privatisations?

– Nous avions déposé à deux reprises une loi demandant une révision des privatisations devant le parlement précédent. Ce projet de loi avait bien sûr été repoussé, mais nous allons maintenant le voter. La révision des privatisations abusives ne réglera pas tous les problèmes, mais certaines affaires scandaleuses peuvent être résolues très rapidement. La restructuration de l'économie sera douloureuse, nous nous attendons à des conflits et à des grèves, mais nous tenons à développer un véritable partenariat entre le gouvernement, les syndicats et les entreprises.

– Doit-on s'attendre à des purges dans les entreprises et la fonction publique?

– Il n'y aura pas de purges. Je prends l'engagement.

– Peut-on envisager un retour des réfugiés serbes?

– Nous prendrons des mesures concrètes pour que tous les réfugiés, et pas seulement les Serbes, puissent regagner leurs foyers.

– Quelles relations entendez-vous développer avec la Bosnie-Herzégovine?

– Il s'agit d'un autre Etat. Nous souhaitons avoir des relations de bon voisinage.

– Comment entendez-vous garantir la liberté des médias?

– Il faut tout d'abord que le parlement adopte une nouvelle loi sur l'information, et que le gouvernement développe des relations normales avec la presse. Dans le cas précis de la télévision, nous devrons renouveler les cadres, en définissant un nouveau profil de journalistes, honnêtes et indépendants.

– Quelle collaboration développerez-vous avec le Tribunal pénal international de La Haye (TPI)?

– Nous devrons bien évidemment respecter les engagements de collaboration signés par le précédent gouvernement. Je regrette la situation actuelle, mais elle révèle que la Croatie n'est pas encore un véritable Etat de droit. Si elle l'avait été, la collaboration avec le TPI n'aurait posé aucun problème. Nous devons collaborer avec La Haye, mais aussi renforcer l'efficacité et l'indépendance de la justice en Croatie même. Nous n'avons pas à défendre des Croates accusés à La Haye sous prétexte qu'ils sont Croates. Cela serait contraire aux véritables intérêts nationaux. Les citoyens de ce pays ne pourront connaître la prospérité que si la Croatie rompt avec son isolement actuel, et pour cela, une bonne coopération avec le TPI est une condition indispensable. Nous voulons construire un Etat moderne, démocratique et européen.