Pakistan

Près de 60 morts dans un assaut contre une école de police au Pakistan

Menée par trois assaillants, cette attaque a eu lieu à Quetta, dans une province stratégique du pays. Après plusieurs heures d’échanges de tirs, la zone a été sécurisée

Au moins 59 personnes ont été tuées lors d’un assaut lancé lundi soir contre une école de police dans le sud-ouest du Pakistan, selon les autorités qui précisent que la zone a été sécurisée. L’attaque a été attribuée à un groupe islamiste.

Selon l’armée, les assaillants ont pénétré avant minuit dans le Collège de police situé à une vingtaine de kilomètres à l’est de Quetta, la capitale de la province instable du Baloutchistan. La ville est considérée comme un bastion des talibans afghans dans la région.

Après plusieurs heures d’échanges de tirs, le ministre provincial de l’intérieur Mir Sarfaraz Ahmed Bugti a annoncé vers 4 heures du matin que l’armée avait délogé les assaillants et sécurisé l’établissement, qui héberge plusieurs centaines de policiers en formation.

Une centaine de blessés

L’attaque a été menée par trois kamikazes armés, a-t-il ajouté, révisant à la baisse le nombre d’assaillants, initialement évalué entre cinq et six par l’armée. «Les lieux sont à 99% sécurisés, nous terminerons cela une fois le soleil levé», a souligné le ministre.

Selon le dernier bilan fourni par des responsables du gouvernement, au moins 59 personnes ont été tuées et 117 blessées. La plupart des victimes sont des cadets de la police. Selon le responsable de la police Mohammad Iqbal, douze des blessés étaient dans un état critique.

L’attaque semble avoir été coordonnée avec soin. Les agresseurs ont ouvert le feu depuis cinq points différents. Ils sont ensuite entrés dans une résidence où entre 200 et 250 nouvelles recrues étaient en train de se reposer ou de dormir, ont ajouté les autorités.

Des troupes ont rapidement été déployées sur les lieux, appuyées par des hélicoptères. Un photographe de l’AFP sur place a constaté que toute la zone était plongée dans le noir et encerclée par les forces de sécurité, tandis que les ambulances transportant les victimes entraient et sortaient à toute allure.

Une recrudescence des conflits intercommunautaires

L’attaque n’a pas été revendiquée pour le moment. Le général Sher Afgan, commandant du Frontier Corps chargé de la contre-offensive, a toutefois attribué l’assaut à une faction du groupe islamiste Lashkar-e-Jhangvi, allié des talibans pakistanais. Selon lui, les assaillants «communiquaient avec des cadres en Afghanistan». Kaboul accuse très régulièrement Islamabad d’abriter des insurgés s’en prenant à des cibles gouvernementales afghanes, mais l’inverse est plus rare.

Le Baloutchistan, la plus vaste et la plus pauvre des provinces du Pakistan en dépit d’importantes ressources naturelles, est secouée par des violences islamistes et en proie à des conflits intercommunautaires ainsi qu’une insurrection séparatiste.

Lire aussi: L’EI revendique l’attentat de Quetta au Pakistan

Le 7 octobre, six personnes y ont été tuées dans une attaque qui avait visé des militaires voyageant dans un train de passagers et dont l’Armée de libération baloutche (BLA) avait endossé la responsabilité.

En août, un attentat revendiqué à la fois par une faction talibane, Jammat-ul-Ahrar (JuA), et par le groupe Etat islamique (EI) avait fait 73 morts dans un hôpital de Quetta au moment où la foule s’y recueillait sur la dépouille du bâtonnier de la province, assassiné quelques heures plus tôt.

Des milliers de morts depuis 2001

Le Baloutchistan est aussi stratégique car c’est là que débouchent d’ambitieuses infrastructures routières et énergétiques reliant la Chine à la mer d’Arabie. Ce couloir économique sino-pakistanais (CPEC), qui a requis 46 milliards de dollars d’investissements chinois, a été la cible de nombre d’attaques, notamment de séparatistes baloutches, mais Pékin s’est dit confiant quant à la capacité de l’armée pakistanaise à y contrôler la situation.

Lire aussi: La Russie et le Pakistan entament des manœuvres militaires historiques

Les violences islamistes ont fait des milliers de morts depuis l’émergence de groupes armés extrémistes dans la foulée de la décision d’Islamabad de soutenir les Etats-Unis lors de leur invasion de l’Afghanistan des talibans en 2001 après les attentats du 11 septembre.

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