Un marché en bonne et due forme? Alors que Damas finit de reprendre Alep-Est, c’est la ville d’Al-Bab, quelques dizaines de kilomètres au nord-est, qui est désormais en ligne de mire des forces turques et des rebelles syriens contrôlés par Ankara, dont notamment des brigades appartenant à l’Armée syrienne libre. «Nous sommes entrés dans la dernière étape», assurait mardi le vice-premier ministre turc Numan Kurtulmus.

Intérêt stratégique majeur

Le rapprochement turco-syrien, qui s’est concrétisé cet été, a ouvert la porte à l’opération «Bouclier de l’Euphrate», lancée par les Turcs dans le nord de la Syrie le 24 août dernier. Dans cette optique, Ankara a battu le rappel d’une partie de combattants qu’il finance et qui ont été appelés en renfort en vue, précisément, de la prise d’Al-Bab, un bastion de l’organisation de l’Etat islamique (Daech): plusieurs milliers d’hommes, dont une bonne partie de Turkmènes, autrefois postés à Alep et dont la disparation a contribué à affaiblir les lignes rebelles avant l’assaut décisif lancé par les troupes loyales à Bachar el-Assad.

Ce marché «Alep contre Al-Bab» n’a cessé de hanter les rebelles restés à Alep-Est, tandis que la Russie de Vladimir Poutine et la Turquie de Recep Tayyip Erdogan semblaient approfondir leur coopération. Pour la Turquie, Al-Bab représente un intérêt stratégique majeur. Non seulement cela permet d’éloigner Daech de la frontière turque, mais surtout, la ville servirait de verrou face aux volontés des Kurdes syriens de connecter leurs divers territoires pour en faire une région continue – le «Rojava». Un «Kurdistan occidental» qui pourrait aspirer à une plus grande autonomie vis-à-vis de Damas, voire à l’indépendance pure et simple.

Cette entrée en scène militaire de la Turquie a nécessité pas mal d’accommodements: face à elle, les combattants kurdes des YPG (Unités de protection du peuple) sont en effet soutenus par les Etats-Unis, allié de la Turquie au sein de l’OTAN. Pour faire bonne mesure, Washington soutient ces brigades kurdes à travers une autre structure, les Forces démocratiques syriennes, qui ont la particularité de regrouper également quelques milliers de combattants arabes.

Si la Turquie – qui vient d’envoyer en renfort des centaines d’hommes supplémentaires et de l’armement lourd – parvient à s’emparer d’Al-Bab, elle pourrait ensuite mener la vie dure aux combattants kurdes dans leurs fiefs à proximité, soit Manbij ou Tel Abyad. Une manière de mettre fin aux velléités d’expansion kurdes sans que Damas n’ait eu à lever le petit doigt.