La région de Rome a été choisie par Steve Bannon, l’ancien conseiller du président américain Donald Trump, pour héberger une académie formant les leaders souverainistes et populistes de demain. La Certosa de Trisulti, un ancien monastère du XIIIe siècle sis dans les montagnes du Latium, à Collepardo à une centaine de kilomètres à l’est de la capitale italienne, devrait accueillir cette école politique, dont l’ouverture n’est pas encore programmée.

Lire aussi notre éditorial: En France, un duel populiste à l’italienne

Les étudiants diplômés devraient ainsi à terme remplir les rangs du Mouvement, le réseau de l’homme d’affaires et militant populiste américain visant à réunir les souverainistes du monde entier. A commencer par les Européens en vue des élections continentales de mai prochain. Dans la Péninsule, Matteo Salvini et Giorgia Meloni, les leaders des partis d’extrême droite la Ligue et Fratelli d’Italia, y ont adhéré l’automne dernier. Ils s’affichaient alors au côté de Steve Bannon, de passage à Rome. «La révolution partira d’ici», lâchait-il, expliquant son attachement supposé à la botte. Le secrétaire fédéral de la Lega était arrivé au pouvoir trois mois plus tôt.

Lire également notre temps fort: Demain, l’alliance populiste européenne

Ultra-catholique

L’ancien stratège de Donald Trump devrait revenir cette année en Italie pour visiter le monastère. Il y est indirectement lié à travers un institut basé à Rome. L’appel d’offres de l’Etat en octobre 2016 pour la gestion du complexe religieux est en effet remporté par Dignitatis Humanae (DHI), qui en obtient la concession en février 2018. Celui-ci se présente comme un think tank fondé en 2008 pour «protéger et promouvoir la dignité humaine basée sur la vérité anthropologique que l’homme est né à l’image de Dieu». A la formation des Matteo Salvini, Marine Le Pen et autres Viktor Orbán de demain s’ajoute ainsi une dimension ultra-catholique et ultra-conservatrice.

Lire encore: Marine Le Pen: «Converger autant avec l’Allemagne, c’est une trahison»

Benjamin Harnwell, le fondateur et président de DHI, vit déjà dans le monastère «presque comme un moine», selon la description d’un proche. Une description reprise aussi par Steve Bannon. «Il s’agit du gars le plus intelligent de Rome, affirme-t-il sur une bannière publicitaire du site internet de l’institut. Il fait penser à un moine, mais c’est toujours un gars dur.» Cette publicité est le seul lien visible entre l’institut et le militant populiste.

Lien avec Raymond Burke

La dimension religieuse de la structure expliquerait aussi le choix de la région de la Ville Eternelle et du Saint-Siège comme base de formation. Au sein de DHI siège le cardinal américain Raymond Burke, connu pour ses positions conservatrices, notoire opposant du pape François que ce dernier a écarté du Vatican en 2014. Il a par exemple en commun avec un Matteo Salvini la défense des racines judéo-chrétiennes des pays occidentaux, promue avec force par Dignitatis Humanae. Celui qui est devenu ministre de l’Intérieur n’avait-il pas juré en février dernier, à une semaine des élections législatives, de «suivre la Constitution et les enseignements de l’Evangile», un rosaire à la main?

Or, aujourd’hui, ce même gouvernement a des doutes sur le projet souverainiste de Steve Bannon. Gianluca Vacca, sous-secrétaire au Ministère de la culture, membre du Mouvement 5 étoiles et allié de la Ligue, a souligné en fin de semaine que les intentions de l’institut pour le monastère ne correspondent plus à «l’offre présentée dans le cadre de la concession stipulée» par le gouvernement alors mené par le Parti démocrate. Il répondait à l’interrogation parlementaire de Nicola Fratoianni. Le député de centre gauche compte s’opposer de toutes ses forces à cet «ennemi de nos valeurs, à ce front global de la nouvelle droite et de l’intégrisme catholique».