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Pour leur présenter son projet, Nicolas Sarkozy a écrit aux Français

Le président candidat a rassemblé ses 32 propositions dans un texte qui sera largement distribué. Le chef de l’Etat sortant met l’accent sur le retour à l’équilibre des finances et a largement profité de l’occasion pour attaquer François Hollande

Nicolas Sarkozy a renoncé à publier un livre. « L’exercice est forcément convenu et un peu bâclé, il n’a pas d’impact», juge-t-il. Pour présenter ses propositions, il a préféré la forme épistolaire, s’inspirant de la lettre aux Français écrite en 1988 par François Mitterrand. « Cela ne lui a pas si mal réussi. » Pas de nouvelle annonce tonitruante, l’engagement du retour à l’équilibre des comptes en 2016, la récapitulation des mesures annoncées depuis le début de sa campagne: la présentation de cette lettre de 34 pages, jeudi après-midi, a surtout offert au président candidat une tribune pour attaquer son principal adversaire, François Hollande.

Le camp présidentiel peaufine l’argument depuis quelques jours. Valérie Pécresse, la ministre du Budget, l’a étrenné mercredi en évoquant, dans le choix entre la droite et la gauche, «celui de deux modèles possibles pour la France: d’un côté le modèle suédois et allemand de réforme, ainsi que d’économies sur la dépense ; de l’autre, le modèle grec d’une fuite en avant. » Nicolas Sarkozy l’a répété aujourd’hui : le président sortant veut permettre à la France de « retrouver la maîtrise de son destin ». « C’est un objectif impératif, toutes les propositions s’organisent autour du retour à l’équilibre des finances publiques en 2016. Le moindre relâchement, la moindre prise de distance avec la parole que la France a donnée à l’Europe et c’est la crise de confiance, la situation dans laquelle se trouve l’Espagne. » Le chef de l’Etat agite le spectre de la hausse des taux d’intérêt, de la baisse du salaire des fonctionnaires et de la diminution des pensions des retraités. «La situation que connaissent aujourd’hui nos amis espagnols après celle qu’ont connue nos amis grecs nous rappelle à des réalités. Les Français ont un choix historique à faire, nous ne pouvons refuser de faire le choix de la compétitivité, de l’innovation, de l’investissement et de la réduction des dépenses publiques. »

S’il est réélu, le candidat remettra sur la table le projet de règle d’or de discipline budgétaire. Pour atteindre l’équilibre en 2016, l’effort de redressement se monte à 125 milliards d’euros. Pour la part qui n’est pas encore passée devant le parlement, 75% de l’effort passera par une réduction des dépenses publiques, 25% par une hausse des recettes. Ni l’assurance maladie, ni les collectivités locales n’échapperont au plafonnement des augmentations de dépenses ou aux économies. En particulier la règle du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite devrait s’appliquer aux collectivités locales.

Le volet des recettes s’appuie notamment sur l’impôt destiné aux exilés fiscaux et sur une taxation minimale des grands groupes. « Il n’est pas normal que la moitié des entreprises du CAC 40 ne paient pas d’impôts sur le bénéfice en France », s’indigne le président candidat. Au passage, il accuse Français Hollande d’organiser « le matraquage fiscal des familles et des classes moyennes », de proposer « un festival de dépenses nouvelles dont personne ne sait comment elles seront financées. »

La lettre aux Français reprend les 32 mesures annoncées depuis le débat de la campagne, elle réaffirme les valeurs de la droite : travail, responsabilité, autorité. Le texte s’ouvre sur les drames de Toulouse et Montauban, illustrations de l’insécurité. « Nous devons être intraitables contre le fondamentalisme », écrit Nicolas Sarkozy. Il glisse ensuite sur l’Europe ouverte, qui « ne doit pas être un continent passoire » et rappelle ses propositions : « réduction de moitié des flux actuels d’immigration », conditionnement du regroupement familial à la connaissance du français et à l’exigence de ressources, renforcement des contrôles aux frontières de l’Europe.

Un long chapitre est réservé à l’école, qui « donnait à tous les enfants une chance égale de s’élever socialement ». Il constate que ce « pivot de l’idéal républicain » a du mal à tenir les « promesses de Jules Ferry » et propose un meilleur suivi des enfants dès la maternelle. Le candidat vante aussi, comme il le fait depuis des mois, la formation en alternance.

Nicolas Sarkozy n’a pas voulu donner de calendrier des réformes qu’il entend mener, comme François Hollande l’a fait mercredi en présentant la feuille de route des six premiers mois de présidence, s’il est élu. « Pourquoi est-il silencieux sur la seconde année ? Après un an, ce sera la pochette surprise ? », ironise le chef de l’Etat. « Moi, je suis candidat pour exercer le pouvoir pendant cinq ans, pas pendant un an.»

Nicolas Sarkozy a enfin confirmé la tenue d’un grand meeting à ciel ouvert sur la Place de la Concorde, le dimanche 15 avril, une semaine avant le premier tour. Ce même jour, son rival socialiste fera de même à Vincennes. Interrogé sur le projet du président sortant, François Hollande a riposté, jugeant qu’il n’avait que « l’austérité comme seule perspective. C’est la prolongation des erreurs et des échecs ». Ce programme, c’est« beaucoup de bruit pour rien, a encore réagi Pierre Moscovici, le directeur de campagne du favori. Ce soi-disant projet est un non-événement sur le fond, une compilation de mesures déjà annoncées et toujours pas financées, en décalage total avec la réalité économique et les préoccupations des Français, une gesticulation de plus. On nous promettait la République qui agit, on nous propose la République qui s’agite. » Les socialistes ont trouvé une formule qui résume leurs critiques: « Son projet, c’est la poursuite de son bilan en pire. »

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