«On ne peut pas régler le problème du sida avec la distribution de préservatifs. Au contraire, leur utilisation aggrave le problème.» Ces phrases, prononcées mardi par le pape Benoît XVI dans l’avion qui l’emmenait au Cameroun (LT du 18.3.09), première étape de son voyage sur le continent africain, ont déclenché une nouvelle polémique internationale. Politiciens, médecins et responsables d’ONG ont fermement condamné les propos du souverain pontife, jugés graves et irresponsables.

La première à réagir a été la ministre belge de la Santé, Laurette Onkelinx. Tard mardi soir, elle faisait part dans un communiqué de sa «stupéfaction» et de sa «consternation» face aux paroles de Benoît XVI. Elle jugeait encore plus consternantes les solutions proposées par le pape pour enrayer la pandémie, à savoir «une humanisation de la sexualité», «un réveil spirituel et humain» ainsi que «l’amitié pour les souffrants». «Pour la ministre, de tels propos tenus par le chef de l’Eglise au XXIe siècle, en dépit des recommandations unanimes du monde scientifique en la matière, sont le reflet d’une vision doctrinaire dangereuse», selon le communiqué. Les déclarations du pape «pourraient anéantir des années de prévention et de sensibilisation et mettre en danger de nombreuses vies humaines», précisait encore le communiqué.

Mercredi, plusieurs politiciens ont emboîté le pas à la ministre belge. La France, par la voix du Ministère des affaires étrangères, a officiellement exprimé «sa très vive inquiétude» concernant les conséquences des propos de Benoît XVI, estimant que ceux-ci mettent en danger «les politiques de santé publique et les impératifs de protection de la vie humaine» face au sida.

Interrogé hier par France culture, l’ancien premier ministre Alain Juppé (UMP), de religion catholique et attaché aux valeurs chrétiennes, a affirmé que «ce pape commence à poser un vrai problème», car il vit «dans une situation d’autisme total». «Il y en a assez maintenant de ce pape», a renchéri de son côté Daniel Cohn-Bendit, chef de file du rassemblement Europe-Ecologie aux élections européennes, lors d’une émission radio. Le politicien a estimé que les propos de Benoît XVI relevaient «presque du meurtre prémédité». En Allemagne, deux ministres se sont insurgées contre les déclarations du pape sans toutefois nommer ce dernier.

Les réactions ne sont pas moins virulentes parmi les médecins, qui craignent aussi l’anéantissement d’années d’efforts. «Je suis catastrophé par ce type de message extrêmement contre-productif alors même que le pape arrive dans le continent africain, le continent le plus touché par l’épidémie, où le problème est l’utilisation insuffisante du préservatif et les grandes difficultés de faire passer les messages de prévention», a expliqué à l’AFP le professeur Jean-François Delfraissy, directeur de l’Agence nationale française de recherches sur le sida et les hépatites virales. «J’ai très peur que ça décourage les équipes et que ce soit encore plus difficile de passer le message de l’utilisation du préservatif», a-t-il ajouté.

Les propos du pape sont «des paroles gravissimes», selon une responsable de la prévention du sida auprès de Médecins du Monde. «Nous sommes très en colère car ce sont des années de travail qui sont remises en cause, et surtout ce sont des millions de gens qui vont être contaminés à cause de ces déclarations», confie-t-elle à l’AFP.

Directeur exécutif du Fonds mondial de lutte contre le sida, le professeur Michel Kazatchkine a fait part de sa «profonde indignation» sur les ondes de France Inter et demandé au pape de «retirer ses propos», car ils «sont inacceptables. C’est une négation de l’épidémie. Et tenir ces propos dans un continent qui est malheureusement le continent où 70% des personnes infectées par le sida demeurent, c’est absolument incroyable.» Des ONG britanniques et camerounaises ont aussi vivement réagi.

L’Eglise est restée sourde à ce concert de protestations. Selon Federico Lombardi, porte-parole du Vatican, le pape «a mis l’accent sur l’éducation à la responsabilité». «Il ne faut pas attendre de ce voyage un changement de position de l’Eglise catholique envers le problème du sida», selon lui. Des propos qui, comme ceux du pape, paraissent en total décalage avec la réalité, surtout après l’affaire de l’évêque négationniste Williamson et celle de l’excommunication de la mère d’une fillette brésilienne contrainte d’avorter après avoir été violée par son beau-père.

«Ce pape commence à poser un vrai problème», car il vit «dans une situation d’autisme total»