La mort de plus de 50 civils, ces derniers jours, dans des opérations des forces de la coalition dirigée par les Etats-Unis a provoqué de violentes manifestations en Afghanistan et amené le président, Hamid Karzaï, à convoquer, mercredi à Kaboul, une réunion des principaux responsables civils et militaires de l'OTAN, de l'Union européenne, des Nations unies et des Etats-Unis pour «tenter d'établir, en coopération avec le Ministère de la défense, un mécanisme efficace pour éviter les victimes civiles».

L'incident le plus grave s'est produit dans le district de Shindand, à 100km au sud de la ville d'Herat, où les forces de la coalition ont annoncé, lundi, la mort de «136 talibans» dans deux opérations menées le vendredi 27 et le dimanche 29 avril, une version immédiatement contredite par les villageois. Une enquête effectuée par les autorités de la province d'Herat a conclu, mercredi, que 51 civils parmi lesquels, selon le chef de la police provinciale, 18 femmes et enfants, ont été tués lors des combats.

Une mission parallèle des Nations unies a conclu, mercredi soir, à la mort de 49 civils, selon le porte-parole de la mission des Nations unies en Afghanistan, Adrian Edwards. Toutefois, selon le porte-parole du Pentagone, le colonel Gary Keck, «aucune enquête n'a été ouverte par l'armée américaine». Les informations qui sont remontées du terrain «n'indiquent pas qu'il y a eu des victimes civiles. Nous n'avons pas été en mesure de confirmer ces morts civiles», a-t-il affirmé.

Cet incident est venu s'ajouter à la mort, dimanche, près de Jalalabad, de deux civils tués lors d'un raid visant, selon la coalition, une «cellule terroriste». Aux cris de «Mort à Bush!», «Mort à Karzaï!», quelque mille étudiants ont manifesté, pour la quatrième journée consécutive, à Jalalabad. Le 4 mars, 12 civils avaient été tués près de Jalalabad par des tirs d'une unité de Marines américains ripostant à une tentative d'attentat-suicide. L'unité a, depuis, été rappelée.

«Pas contents»

Lors d'une conférence de presse à Kaboul, le président afghan, Hamid Karzaï, a une nouvelle fois dénoncé ces «bavures», affirmant: «Cinq ans après [l'intervention des forces internationales], il est très difficile pour nous de continuer à accepter les victimes civiles.» Soulignant qu'il avait «personnellement travaillé ces quatre dernières années sur une base mensuelle, hebdomadaire, avec la communauté internationale pour apporter quelque coordination, quelque coopération dans les opérations militaires dans nos villages, dans nos maisons», Hamid Karzaï a ajouté: «Malheureusement, cette coordination et cette coopération, pour autant que nous ayons essayé, n'ont pas apporté les résultats que nous voulions. Nous ne sommes pas contents.»

Ces «bavures», contre-productives pour les forces de la coalition, sont aussi dommageables pour le gouvernement et le président afghans. L'impuissance du président Karzaï à se faire écouter des forces étrangères qui opèrent en Afghanistan renforce, chez de nombreux Afghans, le sentiment déjà répandu qu'il n'est qu'une «marionnette» des Etats-Unis.

«Combien de fois Karzaï peut-il pleurer?» interrogeait, mercredi, un éditorialiste. «Nous avions reçu des assurances de l'OTAN et de la coalition que toutes les mesures nécessaires pour éviter les victimes civiles seraient prises, mais le nombre de celles-ci ne cesse d'augmenter», déplore Nader Nadery, de la Commission indépendante afghane des droits de l'homme. «Nous sommes très inquiets parce que les civils paient un prix de plus en plus lourd dans les attentats-suicides [des talibans] et dans les opérations [des forces de sécurité étrangères et afghanes]», ajoute-t-il.

Alors que les combats s'étendent dans les provinces du sud et de l'est, l'OTAN et les forces de la coalition font de plus en plus souvent appel à un appui aérien, avec tous les risques que comportent des bombardements opérés dans des zones de troubles où les insurgés se battent au milieu de la population. De la même façon, la nature des combats, en particulier les attentats-suicides ou les explosifs placés sur les routes, fait que les troupes ont tendance à voir dans tout Afghan un ennemi, multipliant ainsi les risques de «bavure».