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Il reste deux mois pour l’élection, mais d’ores et déjà, la preuve est faite: il n’y a personne, dans l’Egypte d’aujourd’hui, en mesure de s’opposer au maréchal-président Abdel Fattah al-Sissi.
© Mark Schiefelbein / Reuters / Pool

Egypte

Le président Al-Sissi déblaie le terrain

Les uns après les autres, tous les rivaux potentiels aux prochaines élections ont été écartés. Y compris Sami Anan, l'ancien supérieur hiérarchique d'Abdel Fattah al-Sissi

Il reste deux mois pour l’élection, mais d’ores et déjà, la preuve est faite: il n’y a personne, dans l’Egypte d’aujourd’hui, en mesure de s’opposer au maréchal-président Abdel Fattah al-Sissi. La campagne aurait pu être intéressante avec une demi douzaine de candidats, militants de droits de l’homme ou ex-militaires, susceptibles de remettre en question la dérive autoritaire du président et sa mainmise sur le pays. Mais l’un après l’autre, les rivaux potentiels ont tous été contraints de renoncer à mesure que s’approchait le délai pour déposer le dossier de candidature.

Alors que l’Egypte célébrait cette semaine le septième anniversaire de la révolution de la place Tahrir qui chassa du pouvoir Hosni Moubarak, certains n’ont pas pu participer à la fête. A l’image du général Sami Anan, ancien chef de l’état-major de l’armée, arrêté mardi dernier. «Nous ne savons pas où il se trouve , pas la moindre nouvelle. Il pourrait tout aussi bien avoir été exécuté», s’emporte au téléphone son porte-parole Mahmoud Refaat.

Le cas de Sami Anan, révélateur du climat actuel

La liste des candidats incapables de se présenter comprend notamment l’avocat Khaled Ali, célèbre défenseur des droits de l’homme, ou encore Mohamed Anouar al-Sadate, neveu de l’ancien président. Mais le cas de Sami Anan est sans doute le plus révélateur du climat actuel. La semaine dernière, l’annonce officielle de sa candidature aux présidentielles avait provoqué un certain émoi. Ancien supérieur hiérarchique d’Al-Sissi, Anan a passé des décennies dans les arcanes du pouvoir égyptien. Lors des manifestations de la place Tahrir, c’est lui qui servit d’homme de liaison avec les Etats-Unis de Barack Obama pour trouver une issue à la crise. Devenu, plus tard, ministre de la Défense du président islamiste Mohamed Morsi, il semblait depuis lors jouer le jeu du président actuel, au point que sa candidature paraissait, à première vue, inoffensive pour le pouvoir.

«Al-Sissi a démontré que même la simple perspective de deux mois de débat contradictoire lui était insupportable, commente Timothy Kaldas, chercheur au Tahrir institute for middle east policy. Le fait qu’il ait agi de manière si rapide et si radicale dit assez qu’il ne veut même pas s’embarrasser des apparences. Il a transformé tout l’exercice en pure démonstration de force.»

La raison mise en avant par la justice militaire pour écarter le général à la retraite? Sami Anan aurait omis d’informer de ses intentions le Ministère de la défense et de rayer son nom des registres militaires. Or la loi interdit aux militaires de se porter candidats à la magistrature suprême.

Toutes ces accusations correspondent au schéma classique des dictatures.

Mahmoud Refaat, porte-parole de Sami Anan

«Parallèlement à celui de président, Al-Sissi lui-même perçoit encore un salaire pour ses services rendus à l’armée, s’étrangle Mahmoud Refaat. Sami Anan, lui, s’est retiré de ces registres dès avant les (précédentes) élections de 2014. Il ne touchait d’autres pensions que sa retraite. Toutes ces accusations correspondent au schéma classique des dictatures.» Le porte-parole évoque les rapports terrifiants publiés par les ONG, qui notent des dizaines de milliers d’arrestations et des milliers de disparitions depuis la destitution de Mohamed Morsi et la prise de pouvoir par Al-Sissi. «Sami Anan était arrivé à la conclusion que cette situation n’était plus tenable. C’est pour cette raison qu’on l’a fait disparaître.»

De fait, le général à la retraite avait pour ainsi dire aggravé son cas en choisissant comme colistier un certain Hisham Guenena. Ancien directeur du Central Auditing Authority, Guenena avait enquêté sur la corruption et le manque de transparence sur l’utilisation des fonds publics, en lien notamment avec le budget de l’armée. Ses recherches auraient estimé le montant de la corruption à 600 milliards de livres égyptiennes (environ 32 milliards de francs suisses) depuis l’arrivée au pouvoir d’Al-Sissi. Résultat? Même si l’auditeur est, en principe, à l’abri du pouvoir exécutif, Hisham Guenena avait été évacué de son bureau manu militari et démis de ses fonctions par le président l’année dernière. «Aujourd’hui, le projet de Sami Anan d’en faire son candidat à la vice-présidence a été perçu comme une provocation supplémentaire par le pouvoir», explique un bon connaisseur du pays.

Il est possible que certains militaires américains penchent en faveur de Sami Anan. Mais dans l’ensemble, la politique menée par Al-Sissi satisfait l’administration américaine actuelle

Timothy Kaldas, chercheur au Tahrir institute for middle east policy

«S’agissant d’un homme qui connaît si bien les ressorts du pouvoir égyptien, il est surprenant que Sami Anan n’ait pas mieux perçu ce qui l’attendait, souligne Timothy Kaldas. Il a sans doute sous-estimé la résistance qu’il allait susciter, tant un bloc s’est formé autour du président pour défendre des intérêts particuliers.»

Alors que le général égyptien avait noué de nombreux contacts à Washington, l’administration Trump n’a pas, jusqu’ici, levé le petit doigt pour lui venir en aide. Le président Al-Sissi a certes pris un peu ses distances vis-à-vis des Etats-Unis, en se rapprochant notamment de la Russie et de la Chine, mais l’Egypte reste le plus grand bénéficiaire, derrière Israël, de l’aide militaire américaine.

«Il est possible que certains militaires américains penchent en faveur de Sami Anan, concède Timothy Kaldas. Mais dans l’ensemble, la politique menée par Al-Sissi satisfait l’administration américaine actuelle, que ce soit en matière de lutte contre l’organisation de l’État islamique, pour faire barrage à l’immigration ou encore face à la décision de Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël (qui n’a suscité que des critiques d’ordre rhétorique au Caire, ndlr). Face à cela, la question des droits de l’homme est loin d’être prioritaire pour le président Trump.»

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