Afrique australe

Le président angolais laisse planer le doute sur son départ du pouvoir

Eduardo Dos Santos, à la tête de cet Etat pétrolier depuis trente-sept ans, se dit prêt à se retirer dans le cadre d’une transition en souplesse en 2018

Cela fait trente-sept ans que José Eduardo dos Santos est le meilleur joueur d’échecs politiques d’Angola, et il n’est pas dit que le président du pays pétrolier soit résolu à abandonner sa dernière partie. Début décembre, son départ du pouvoir a été annoncé en plusieurs phases par des responsables au sein du comité central du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), l’ex-parti unique qu’il préside en même temps que le pays depuis 1979, ayant traversé la longue guerre civile (1975-2002), le retour du multipartisme et, à présent, une crise économique grave.

Le MPLA est supposé s’être accordé sur le nom du successeur: Joao Lourenço, le ministre de la Défense. Ce dernier cumule, sur le papier, tous les avantages: il a l’appui des généraux – très puissants – et celui de certaines factions du parti. Il est aussi soutenu, naturellement, par José Eduardo Dos Santos, qui a cependant dû lutter pour l’imposer comme vice-président du parti. Le signe n’est pas passé inaperçu.

Plusieurs signaux

Le passage de témoin entre les deux hommes se ferait en 2017, lors des élections générales. La radio nationale, le 2 décembre, a confirmé ce schéma, laissant imaginer que cette fois, «Zedu» (surnom de José Eduardo dos Santos) était prêt à quitter le pouvoir, dans le cadre d’une transition en souplesse. L’hypothèse en avait été testée en plusieurs phases. En mars, José Eduardo Dos Santos annonçait subitement lors d’une réunion du bureau politique du parti son intention de «quitter la vie politique en 2018», ce qui était surprenant dans la mesure où les élections devaient se dérouler un an plus tôt. Le président était-il seulement en train de dire qu’en réalité il avait surtout l’intention de les remporter, après quoi on verrait?

Jon Schubert, politologue de l’université de Leipzig, qui termine un livre sur le «système» angolais, note que «depuis 2002, Eduardo Dos Santos envoie des signaux pour dire qu’il envisage de quitter le pouvoir. Le président est plus influent que le parti, c’est lui qui, classiquement, y établit l’équilibre entre les différentes factions». Mais quelque chose a changé. Récemment, il lui a fallu abandonner un schéma de succession incluant Manuel Vicente, ex-dirigeant de la Sonangol, la compagnie pétrolière nationale, placé sur le même ticket qu’un membre de la famille Dos Santos. Le parti s’y est refusé. En clair, analyse Jon Schubert, «la succession dynastique a dû être abandonnée».

Dans l’intervalle, des mesures ont été prises par José Eduardo Dos Santos pour installer ses enfants à des postes clés. Sa fille, Isabel Dos Santos, la «femme la plus riche d’Afrique», a été nommée à la tête de la Sonangol. Un de ses frères, dirigeant déjà le fonds souverain angolais, et une de ses sœurs, sont entrés au comité central du MPLA. Une forme de verrouillage pour protéger ses arrières avant de quitter le pouvoir?

Fausses rumeurs

Il y a cependant quelques raisons de se méfier. De nombreux observateurs avancent que José Eduardo Dos Santos serait malade, «très malade, même, avec un cancer incurable», selon une source diplomatique. Seulement, cela fait vingt ans que le président, à intervalles réguliers, est supposé être à l’article de la mort. En 1997, on spéculait déjà sur le fait qu’il n’avait pas pris part à la Fête de l’indépendance, comme s’il n’était plus en mesure de se tenir debout en public. Quelques jours plus tard, il réapparaissait, frais comme un gardon. Ces rumeurs au sujet de son état de santé ont été utiles pour débusquer les ambitieux qui commençaient à se placer dans la perspective d’une succession, avant d’être brisés, comme l’ex-patron des renseignements, le général Miala.

Lorsque Robert Mugabe, figure symbolique de l’autocrate déterminé à mourir au pouvoir, est arrivé au pouvoir à la tête du Zimbabwe, en 1980, José Eduardo Dos Santos dirigeait déjà l’Angola. Depuis, il a mené la guerre civile avec l’appui des Cubains et des Soviétiques, sans s’interdire de composer avec des compagnies pétrolières américaines. Pendant plusieurs décennies, il a régné de manière absolue sur l’Angola, contrôlant l’armée, les pétrodollars, les renseignements et le parti au pouvoir, qui fêtait samedi passé ses soixante ans d’existence. C’est à cette occasion que devait être confirmé de manière claire son départ dans la perspective des élections d’août 2017. Or, non seulement il n’était pas là, mais rien de précis n’a été dit lors de la cérémonie, présidée par Joao Lourenço.

Mécontentement populaire

Ce départ ambigu est-il le nouvel épisode d’une comédie inlassablement rejouée pour entretenir sa longévité? Cette fois, la situation est particulière. Depuis 2015, la chute des cours du brut, conjointement à des dysfonctionnements internes, a dévoilé les faiblesses du pays. La croissance ne sera que de 0,9% en 2016, chiffre qui est loin de donner la mesure des inégalités, et de l’étendue du désastre financier d’un pays où, comme l’analyse Mathias de Alencastro, politologue brésilien, spécialiste de l’Angola «tout projet national est vu sous le prisme du pétrole».

Quelque chose, doucement, est en train de se transformer. Isabel Dos Santos a installé avec elle, à la direction de la Sonangol, des cadres issus de ses propres sociétés, et venus du milieu du conseil. La société, au bord de la cessation de paiement, est entrée en rébellion. Les documents confidentiels pleuvent dans la presse comme jamais en Angola. «La famille est devenue impopulaire parmi certains barons du parti, parce que désormais, elle menace leur propre mainmise sur les ressources», note une source.

Depuis 2011, le mécontentement populaire gronde doucement. La répression, très dure, entretient le feu. L’année passée, 17 membres de la société civile (dont le rappeur Luaty Beirao) qui se réunissaient pour discuter d’un ouvrage prônant la non-violence dans les mouvements populaires, ont été arrêtés. Ils ont été condamnés à des peines allant jusqu’à 8 ans et demi de prison, pour «tentative de coup d’Etat et association de malfaiteurs».

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