Depuis l'élection d'Ehud Barak au poste de premier ministre israélien, l'Administration américaine se prend à rêver. Et si la présidence Clinton pouvait se terminer comme elle a commencé, par une poignée de main historique dans les jardins de la Maison-Blanche qui consacrerait le titre de faiseur de paix à un Bill Clinton en mal de réhabilitation à dix-sept mois de la fin de son mandat. Seuls les protagonistes différeraient. L'ex-premier ministre israélien Yitzhak Rabin et le chef de l'Autorité palestinienne Yasser Arafat seraient remplacés par l'actuel chef de cabinet israélien et le président syrien Hafez el-Assad. Le pari est osé, mais signale bien la volonté de Washington de remettre sur les rails un processus de paix malmené par les trois ans de règne de Benjamin Netanyahou. «Je suis excité comme un enfant devant un nouveau jouet», a même osé Bill Clinton mardi soir en Floride commentant l'arrivée jeudi d'Ehud Barak pour une visite de cinq jours aux Etats-Unis. L'Administration Clinton va symboliquement dérouler le tapis rouge pour cet hôte dont elle sait somme toute encore peu de chose. Car Barak, contrairement à ses prédécesseurs Rabin et Netanyahou n'est pas un familier des cercles politiques américains. Mais ses récentes déclarations en faveur «d'une paix des braves» avec les Palestiniens et surtout sa volonté de reprendre les négociations avec la Syrie, autorisent tous les espoirs, même si l'Administration garde la tête froide. «Il faut retourner à une génération pour retrouver une telle excitation à Washington à la veille de la visite d'un premier ministre israélien fraîchement élu», explique Robert Satloff, directeur de l'Institut pour le Proche-Orient à Washington. «Ce moment paraît optimal pour le calendrier de tous les acteurs décisifs, Barak, Arafat, Assad et Clinton. Les étoiles sont parfaitement alignées», poursuit ce spécialiste.

Enthousiasme excessif? Certains le craignent, à l'intérieur même de la Maison-Blanche. D'autant que les propos préliminaires d'Ehud Barak sur «sa» vision de la paix diffèrent de ceux des Palestiniens. En suggérant de coupler l'application des Accords de Wye Plantation, âprement négociés en octobre dernier, à la reprise des négociations sur le statut final des territoires occupés et surtout de Jérusalem, Ehud Barak a donné l'impression de remettre en cause l'esprit même des Accords d'Oslo, qui prévoit la remise de «territoires contre la paix». D'autres à Washington craignent que Barak n'avance la carte syrienne, en promettant un retrait israélien du Golan, pour mieux affaiblir le volet palestinien du processus de paix. Même si en public, Washington prétend que la simultanéité des négociations ne poserait aucun problème. «On peut parfaitement marcher et mâcher du chewing-gum en même temps», commentait ainsi fort prosaïquement un fonctionnaire du Département d'Etat.

Le rôle des Etats-Unis dans les pourparlers à venir a été l'un des gros morceaux à l'ordre du jour des entretiens entre Bill Clinton et Ehud Barak. En soi, le souhait du premier ministre israélien de voir les Etats-Unis revenir à un rôle plus traditionnel de «facilitateur» n'est pas en contradiction avec les vues exprimées à Washington où l'on s'accorde à penser que c'est l'absence totale de confiance entre Netanyahou et Arafat, lesquels ne se parlaient quasiment plus, qui avait contraint les Américains à entrer de plain-pied dans la négociation et dans la mise en œuvre du plan de paix. La CIA en particulier, s'était retrouvée dans la peau de policier et de formateur des unités de sécurité palestiniennes dans la bande de Gaza, une fonction qui a fait grincer des dents aussi bien à Jérusalem que dans les milieux conservateurs américains, où l'on goûtait fort mal le rapprochement de fait entre les Palestiniens et la centrale du renseignement américain.

Dans les coulisses washingtonniennes, on reconnaît que le pari est loin d'être gagné. Mais le simple fait d'accueillir un hôte disposé à parler paix constitue déjà un immense soulagement, après les années «noires» du règne Netanyahou.