Le procureur général du Brésil a présenté lundi 26 juin une demande de mise en accusation formelle contre le président Michel Temer pour corruption passive. Cette procédure inédite pourrait sonner le glas de son mandat secoué par les affaires.

Quelques heures avant de devenir le premier président du Brésil à faire l'objet d'une telle demande, Michel Temer s'était pourtant dit indestructible. «Rien ne nous détruira ni moi ni mes ministres», a-t-il affirmé lors d'un discours au palais de Planalto.

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Pour que le président soit inculpé et traduit devant la cour suprême, la demande du procureur doit encore être acceptée par les deux tiers des députés. Dans un tel cas, Michel Temer serait écarté du pouvoir pour une durée pouvant s'étendre à 180 jours.

Le procureur général accuse notamment Michel Temer de s'être «prévalu de sa condition de chef d'État» pour recevoir 500 000 réais (près de 150 000 francs) de pots-de-vins de la part du géant de la viande JBS, impliqué dans le gigantesque scandale de corruption qui touche le Brésil, selon l'acte d'accusation rendu public par la cour suprême (STF).

Enregistrement sonore

La crise politique a atteint son paroxysme à la mi-mai, avec la révélation d'un enregistrement sonore compromettant dans lequel le chef de l'État semble donner son accord à un des propriétaires de JBS pour acheter le silence d'un ex-député aujourd'hui en prison.

Il y a deux semaines, il a échappé de justesse à la justice électorale, bénéficiant d'un non-lieu dans une affaire de financement illégal de campagne qui aurait pu lui coûter son mandat.

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Même si le Brésil donne de timides signes de reprise, la cote de popularité de Michel Temer est au plus bas, avec un taux d'approbation de 7%, le pire pour un président brésilien depuis près de 30 ans, selon un sondage publié samedi par Datafolha. Plus grave encore, 65% des personnes interrogées souhaitent qu'il quitte le pouvoir avant le terme de son mandat, qui s'achève à la fin 2018.

Destitution de Rousseff

Il s'agirait du deuxième changement brutal à la tête de l'État en un an, après la destitution controversée de Dilma Rousseff (gauche), dont Michel Temer était le vice-président avant qu'elle ne soit écartée du pouvoir pour maquillage des comptes publics.

Selon les spécialistes, ce scénario est néanmoins plus improbable, car le président actuel dispose encore d'appuis importants au Parlement. «Beaucoup de députés sont aussi impliqués dans des affaires de corruption, ce qui crée une sorte de réseau de solidarité», explique Sylvio Costa, analyste politique du site Congresso em Foco. «Il ne dispose plus d'une majorité solide au Parlement, mais l'opposition n'a pas la force nécessaire pour l'écarter du pouvoir», prévoit-il.

Les accusations dont Michel Temer fait l'objet sont pourtant d'une extrême gravité. Les enquêteurs disposeraient de preuves qui «indiquent avec vigueur la pratique de corruption passive», selon un rapport préliminaire rendu public la semaine dernière.

Entrave à la justice

L'enquête repose sur les confessions explosives de dirigeants du géant de la viande JBS, dont l'un des propriétaires, Joesley Batista, est l'auteur de l'enregistrement compromettant qui a déclenché le scandale.

Une des principales lignes de défense du président consistait à dénoncer une «manipulation» de cet «enregistrement clandestin», mais l'expertise de la police brésilienne atteste qu'aucun montage n'a été effectué, a révélé vendredi le journal Folha de São Paulo.

Au-delà de cet enregistrement, les témoignages d'anciens cadres de JBS font aussi état du paiement de millions de dollars de pots-de-vin pour alimenter les caisses noires de partis de tous bords, y compris le PMDB de Michel Temer.

En plus des soupçons de corruption, l'enquête porte aussi sur des accusations d'entrave à la justice et d'association de malfaiteurs. Le procureur doit se prononcer prochainement sur ces deux autres chefs d'accusation.