Paul Biya, 88 ans dont près de la moitié passés à la tête du Cameroun, séjourne à nouveau à Genève. Selon toute vraisemblance, le président est hébergé à l’hôtel Intercontinental, où il a ses habitudes.

Lundi en fin de matinée, les accès au cinq-étoiles, qui a récemment accueilli le président américain Joe Biden avant sa rencontre avec son homologue russe Vladimir Poutine, étaient protégés par plusieurs camionnettes de la police genevoise. Les agents étaient lourdement armés. Dans le hall, quelques gardes du corps camerounais tuaient le temps sur leur portable, avec à leurs côtés des agents en civil suisses.

Selon un spotter basé à Genève, l’avion utilisé par le président camerounais s’est posé à Cointrin dimanche à 18h30 en provenance de Yaoundé. «Le code du vol indiquait la présence du président camerounais à bord, indique ce passionné qui a réussi à photographier l’avion à l’atterrissage. C’est l’avion habituellement utilisé par Paul Biya, mais il a été repeint en bleu. L’appareil loué par le Cameroun à une compagnie néerlandaise doit repartir ce lundi à 15h vers New York, mais sans le président.»

«Brève visite privée»

Dimanche après-midi, un bref communiqué du cabinet de la présidence camerounaise annonçait une «brève visite privée» de Paul Biya en Europe, sans préciser la destination exacte. Les opposants camerounais s’étaient alors mis en alerte. Toujours selon le communiqué officiel, le chef d’Etat est accompagné par son épouse Chantal, ainsi que son directeur de cabinet, un conseiller ainsi que le chef du protocole. A Berne, le Département fédéral des affaires étrangères rétorque qu’«aucune rencontre officielle» n’est prévue avec le président camerounais.

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Paul Biya n’était pas venu à Genève depuis deux ans et un séjour mouvementé en été 2019. Une bagarre avait éclaté dans le hall de l’Intercontinental entre des opposants camerounais et les gardes du corps du président. Ces derniers avaient molesté un journaliste suisse, avant d’être arrêtés et condamnés par la justice genevoise. La police du canton avait fait usage de gaz lacrymogène et de balles en plastique pour repousser des manifestants qui tentaient de s’approcher de l’Intercontinental. Après un séjour d’une dizaine de jours, la Suisse avait ainsi vu l’encombrant visiteur s’envoler avec un certain soulagement.

Fréquentes absences

Dans une ambiance de fin de règne, les visites récurrentes de Paul Biya en Suisse sont de plus en plus controversées. En 2018, un consortium de journalistes d’investigation enquêtant sur la criminalité économique (OCCRP) estimait que le président camerounais avait passé plus de trois ans de sa longue présidence à l’étranger, dont d’innombrables séjours à Genève.

Les opposants de la diaspora camerounaise font tout pour troubler la quiétude des séjours helvétiques du chef d’Etat qu’ils qualifient de «dictateur». Hilaire Zoyem Djoumessi est l’un d’eux. Il s’est rendu dès dimanche soir à l’Intercontinental. Il dit avoir été interrogé et fouillé par la police genevoise. «La Suisse ne peut pas accueillir un dictateur sans permettre aux opposants de manifester. C’est un pays neutre. Il ne doit pas y avoir deux poids, deux mesures», déclare cet opposant, qui a déposé une demande de manifestation pour samedi. D’ici là, d’autres actions de la diaspora camerounaise sont prévues sous les fenêtres de l’Intercontinental.