C'est devenu une tradition: vendredi soir, dans la nuit moite de Caracas, les partisans du président Hugo Chavez se préparaient à ponctuer de feux d'artifice la fin de la campagne électorale. Ils avaient envahi dans l'après-midi la principale avenue de la capitale d'un flot rouge, la couleur de leur «révolution socialiste», avant le référendum de dimanche. La veille, c'étaient leurs adversaires qui avaient massivement défilé, en bleu, contre la réforme constitutionnelle que les Vénézuéliens doivent approuver ou rejeter dans les urnes.

Hugo Chavez lui-même a voulu cette réforme d'un cinquième de la Constitution afin d'officialiser la marche du pays vers le «socialisme du XXIe siècle». Concrétisé par des programmes sociaux massifs financés grâce aux excédents du pays, cinquième exportateur de pétrole, ce discours lui vaut depuis 1998 l'appui d'une majorité de la population.

Vents contraires

Mais après trois années consécutives de victoires électorales écrasantes, le «comandante» a cette fois-ci la partie moins aisée. Les sondages prédisaient la semaine dernière un résultat serré, et Hugo Chavez a subi des défections. Des universitaires longtemps sympathisants critiquent depuis le début de l'année un durcissement, et un compagnon de trente ans, le général Raul Baduel, l'a lâché à l'annonce des changements constitutionnels. Enfin, dans une Assemblée législative totalement chaviste depuis un boycott de l'opposition, un groupe de parlementaires s'est abstenu d'approuver le projet de réforme.

Face aux vents contraires, le toujours populaire président a fait du référendum un plébiscite: «Ceux qui sont pour Chavez sont pour la réforme», a-t-il lancé au cours d'une de ses nombreuses interventions. Soutenu par un déluge de publicité, qui envahit jusqu'aux haut-parleurs du métro de Caracas, le président réélu l'an dernier joue notamment la possibilité de se maintenir au pouvoir: le nouveau texte supprime la limitation à deux élections présidentielles consécutives et fait passer son mandat de six à sept ans. «Il faut que je tienne la barre encore bien après 2020», assure-t-il à ses sympathisants.

S'ils le suivent dans les urnes, le Venezuela aura dimanche soir l'allure d'un régime super-présidentiel. Les autorités locales y seraient affaiblies, coincées entre un chef d'Etat aux pouvoirs étendus et une base de citoyens organisés en «communes» par des mécanismes de démocratie directe.

Le président pourrait ainsi créer des districts «fédéraux» où bon lui semble, et en nommer les autorités jusque-là élues. Il pourrait aussi déclarer l'état d'urgence sans la limitation de durée qui lui était imposée jusqu'ici, et suspendre les droits à l'information et à un procès équitable.

Enfin, le chef de l'Etat aurait accès aux réserves internationales de la Banque centrale, qui perdrait son autonomie. C'est la mesure économique la plus notable dans le projet chaviste de «démocratie socialiste», avec également la création d'entreprises de «propriété sociale». Cette sorte de secteur public productif, protégé d'une concurrence trop féroce du privé, serait détenu par les nouvelles «communes»... ou directement par l'Etat.

Mesures sociales

L'opposition a utilisé en partie cet argument pour dénoncer une remise en cause, réelle ou non, de la propriété privée. Avec un certain succès: «Maintenant que j'ai pu m'acheter une maison, je ne veux pas la perdre», explique dans le quotidien Nuevo Herald une vendeuse de rue, «chaviste authentique» qui s'apprête à voter non.

Mais d'autres mesures pourraient assurer le vote des fidèles du «comandante». Un article garantit sécurité sociale et retraite aux nombreux travailleurs informels. Les propriétaires endettés pourront aussi demander la protection de leur «commune» pour échapper à la confiscation de leur domicile. Enfin, les programmes sociaux ou «Missions», qui bénéficient à des millions de Vénézuéliens, sont pérennisés dans la Constitution. De quoi permettre aux chavistes, peut-être, de lancer de nouveaux feux d'artifice dimanche soir.