Le président chinois en maître du jeu asiatique

Le cube d’eau, parce que l’eau symbolise «le bien suprême», selon Xi Jinping. Lundi soir, dans l’ancien centre de natation des Jeux olympiques de 2008, le président chinois a reçu les vingt autres chefs d’Etat et de gouvernement de l’APEC. Tous venus en limousine diplomatique, à l’exception de Barack Obama qui ne se déplace que dans sa Cadillac blindée, sur une route tapissée de rouge. Tous vêtus d’un complet coloré à la coupe typiquement chinoise. Tous venus écouter leur hôte et son «rêve» pour la région.

Voilà près d’une semaine que Xi Jinping occupe le devant de la scène politique de l’Asie-Pacifique à l’occasion du plus grand événement qu’il ait organisé depuis sa prise de fonction, en mars 2013. La Chine accueillait le 22e sommet de l’APEC qui s’est achevé mardi. Une première depuis 2001, année aussi marquée par son entrée à l’Organisation mondiale du commerce. Entre-temps, la taille de son économie a presque été multipliée par huit, et s’est hissée au deuxième rang mondial.

Une semaine de séances qui ont permis au président chinois de montrer le rôle pivot qu’il entend faire jouer à son pays dans la région. «Nous [les leaders de l’APEC] avons la responsabilité de créer et de réaliser un rêve pour l’Asie-Pacifique», a-t-il déclaré dimanche. Un vocabulaire qui n’est pas sans rappeler le «rêve» que Xi Jinping a formulé à de nombreuses reprises pour son propre pays, en référence à une Chine au caractère impérial et autoritaire. A l’APEC, le leader chinois a cependant assuré qu’il «veut vivre en harmonie avec tous ses voisins». Les voix critiques ont tout de suite rétorqué que cette harmonie ne valait que si ces mêmes voisins respectaient la vision qu’avait Pékin de son territoire. Car plusieurs différends troublent la stabilité de la région.

Xi Jinping était attendu, et redouté, sur ces dossiers. Or il a fait du sommet de l’APEC une scène pour montrer sa bonne volonté. Il a par exemple rencontré son homologue vietnamien; tous deux ont annoncé vouloir utiliser le «dialogue» pour résoudre le conflit qui les oppose concernant la souveraineté d’une zone en mer de Chine riche en pétrole.

Les îles de la discorde

Surtout, après des tractations diplomatiques de dernière minute, une rencontre a finalement eu lieu, lundi, avec Shinzo Abe. Le premier ministre japonais n’avait encore jamais rencontré le président chinois. Or la Chine conteste au Japon la souveraineté d’îlots, non habités, dénommés Senkaku, (Diaoyu en chinois). La montée de la tension verbale entre les deux pays, et les démonstrations de force militaires, faisait craindre aux observateurs que l’absence de dialogue ne conduise à la guerre. L’entretien, qui a duré 30 minutes, a permis de briser la glace. Mais la photo officielle ne laisse pas penser à un réchauffement rapide des relations. Hier, la presse officielle de Pékin rappelait d’ailleurs que le gouvernement central ne renoncera à rien et qu’il n’avait qu’une confiance «limitée» dans Shinzo Abe.

Ces derniers jours, le président chinois n’a pas utilisé que sa boîte à outils diplomatiques ou commerciaux (lire ci-dessus) pour placer la Chine au centre du jeu asiatique. Il a aussi ouvert son portefeuille. La semaine passée, Xi Jinping a par exemple annoncé la création du Fonds de la Route de la soie. Un véhicule d’investissement doté de 40 milliards de dollars pour améliorer les infrastructures dans la région. Le Bangladesh, le Cambodge, le Laos, la Birmanie, la Mongolie, le Pakistan et le Tadjikistan profiteront en priorité de cette somme, pour «briser les goulets d’étranglement» formés sur les voies d’accès à la Chine.

Enfin, à ceux qui pressent Pékin de réformer l’économie chinoise, Xi Jinping a répondu au cours du week-end que le ralentissement actuel présentait bien quelques risques, mais qu’ils n’avaient rien d’«effrayant». C’est au contraire une «nouvelle normalité», qui n’empêche pas la Chine de demeurer «l’économie phare» du monde.