Kourmanbek Bakiev s’est dit prêt à parler au gouvernement de transition mis en place par l’opposition depuis sa prise du pouvoir mercredi, tout en refusant de reconnaître sa légitimité. «Même si c’est un gouvernement illégitime, asseyons-nous à la table de négociations», a-t-il déclaré à Reuters.

«Je voudrais avertir ceux qui m’ont aujourd’hui pris en chasse: qu’ils n’engagent pas des tueurs, parce que cela ne ferait que provoquer une grande tragédie dans ce pays», a ajouté le président déchu, rencontré sous une tente dans un lieu tenu secret de sa région natale de Djalal-Abad, dans le sud du pays.

«Nous plongerons (le Kirghizistan) dans le sang s’ils optent pour l’élimination physique. S’ils utilisent la force, ces gens qui m’entourent ne laisseront pas faire et cela signifiera un bain de sang», a-t-il dit.

Kourmanbek Bakiev, 60 ans, a estimé nécessaire une intervention des forces de maintien de la paix des Nations unies pour prévenir la «poursuite du chaos».

«Des structures criminelles sont sorties de l’ombre. Elles ont commencé à rôder au grand jour, les armes à la main. La redistribution de la propriété est en cours, ainsi que la confiscation d’entreprises privées», a-t-il assuré.

Au moins 81 personnes ont trouvé la mort à Bichkek mercredi lorsque les troupes gouvernementales ont ouvert le feu sur une foule d’environ 5000 manifestants rassemblés devant le siège du gouvernement.

Kourmanbek Bakiev a déclaré qu’il n’avait pas ordonné ces tirs. Il a ajouté que ses troupes avaient riposté immédiatement au tir d’un «sniper» qui avait visé son bureau.

«Je n’ai pas fui le pays parce qu’avant toute chose, je ne ressens aucune culpabilité», a déclaré Bakiev. Il a dit toutefois regretter, en tant que président, de ne pas avoir su empêcher la mort de manifestants.

«J’invite une commission indépendante et internationale à enquêter sur les événements tragiques des 7 et 8 avril, parce qu’on ne peut pas faire confiance à tous ces organes d’investigation qui ont lancé des poursuites pénales à mon encontre. Si cette commission internationale jugeait le président coupable, je serais prêt à endosser toute la responsabilité devant le pays.»