Le président du Guatemala chassé par la rue

Amérique latine Accusé de corruption, l’ex-général Otto Pérez Molina a démissionné

Tout a été très vite. Alors qu’il espérait encore lundi aller jusqu’au terme de son mandat au début de l’an prochain (LT du 02.09.2015), le président du Guatemala, Otto Pérez Molina, a présenté sa démission dans la nuit de mercredi à jeudi. Cet ancien général, qui a mené une longue carrière dans les troupes de choc et les services de renseignement au cours de la guerre civile, a été emporté par un mouvement pacifique: les manifestations de rue qui se sont succédé depuis avril, suite aux accusations de corruption portées à son encontre par le Ministère public et une commission de l’ONU contre l’impunité.

Le sort d’Otto Pérez Molina a basculé mardi, lors d’un vote parlementaire sur son immunité. Pour mener l’affaire à bien, 105 voix sur 158 étaient nécessaires, ce qui constitue généralement un quorum difficile à atteindre. Or, ce chiffre a été largement dépassé: les 138 députés présents ce jour-là ont tranché en défaveur du président. Tous, y compris les 33 membres du Parti patriote fondé en 2001 par l’intéressé. La justice a été ensuite très vite en besogne. Après avoir interdit mardi toute sortie du territoire au président, elle a rejeté mercredi ses demandes de suspension provisoire de la procédure et annoncé l’existence de poursuites pénales contre sa personne. Le piège s’était refermé. A la tête de l’Etat ou non, l’ancien général ne pouvait plus échapper à la prison.

L’homme est devenu en quelques mois une cause perdue. Il a soulevé un mouvement d’opposition trop massif pour espérer s’en sortir et servir encore les intérêts de son camp. Ses proches s’en sont dès lors éloignés les uns après les autres. Ses camarades de parti, qui concourent pour la plupart à des élections générales dimanche prochain, font aujourd’hui leur possible pour s’en distinguer devant l’opinion. Et le secteur privé guatémaltèque, à qui il n’est plus d’aucune utilité, mise désormais sur d’autres figures. Notamment sur son vice-président, promis par la Constitution à la présidence, Alejandro Maldonado Aguirre. Et sur le favori du scrutin présidentiel, Manuel Baldizon, du parti Liberté démocratique rénovée (Lider, droite).

L’épreuve des élections

Il fallait agir vite. L’ampleur de la réaction populaire a pris tout le monde de court. A commencer par les manifestants, dont le mouvement «horizontal», sans structure et sans dirigeant, a prouvé son efficacité comme force d’opposition mais ne possède aucun relais sur la scène politique traditionnelle. Grands vainqueurs de ce milieu de semaine, ils risquent d’être les grands perdants des élections. Raison pour laquelle certains d’entre eux auraient préféré un report du scrutin.

«Le changement ne fait que commencer, assure cependant Marta Mendez, directrice des relations institutionnelles du journal d’investigation guatémaltèque Plaza Publica. L’enquête qui a débouché sur la démission du président a réussi à rassembler des éléments de preuve particulièrement solides. Mais il en existe d’autres, sur des réseaux différents, qui pourraient à leur tour porter des fruits. Le mouvement est lancé. Tout indique que même la démission du président ne l’arrêtera pas.»