Les présidents américain et chinois George Bush et Hu Jintao ont affirmé jeudi, au cours de leur première rencontre à la Maison-Blanche, leur volonté de surmonter leurs divergences sur des questions épineuses comme la crise nucléaire iranienne ou les déséquilibres commerciaux. Ces divergences sont cependant apparues clairement dans les déclarations des dirigeants des deux grandes puissances pendant la cérémonie d'accueil organisée en grande pompe sous un soleil printanier dans les jardins de la présidence.

«Falungong, c'est bien»

George Bush, qui n'exclut pas un recours à la force contre Téhéran, a prôné une coopération approfondie entre les Etats-Unis et la Chine pour résoudre la crise nucléaire iranienne et demandé à Hu Jintao de faire usage de son «influence considérable» sur la Corée du Nord pour obtenir «des progrès significatifs» de Pyongyang sur son programme nucléaire. Sur ces deux dossiers, la Chine est en faveur d'une approche «diplomatique» et «pacifique», a répondu le président chinois, en visite aux Etats-Unis pour quatre jours.

Concernant les droits de l'homme en Chine, le chef de la Maison-Blanche ne comptait certainement pas pour appuyer son propos sur l'irruption imprévisible d'une femme membre du Falungong qui a réussi à déjouer le dispositif de sécurité ultra-strict de la présidence. M. Hu, visiblement irrité, a dû élever la voix pour couvrir les cris de la contestataire, dont le mouvement d'inspiration bouddhiste est interdit en Chine. «Falungong, c'est bien», a crié cette manifestante en demandant aussi au président Bush d'intervenir en faveur du mouvement. S'exprimant depuis les tribunes réservées aux cameramen et photographes, elle a été rapidement évacuée par les services de sécurité de la Maison-Blanche. Le pouvoir chinois dénonce le Falungong depuis 1999 comme une secte dangereuse, et dément les accusations de torture dont se disent victimes les adeptes.

«La Chine est devenue prospère parce que les Chinois ont la liberté d'acheter et de vendre des produits, et la Chine peut améliorer sa réussite en accordant au peuple chinois la liberté de réunion, d'expression et de culte», avait déclaré auparavant George Bush. «Je continuerai à discuter avec le président Hu de l'importance du respect des droits de l'homme et des libertés du peuple chinois», a-t-il ajouté.

Pendant l'intervention des deux hommes, quelque 500 manifestants étaient massés derrière les grilles de la Maison-Blanche: certains pour protester contre le manque de liberté en Chine, d'autres favorables au président chinois.

Taïwan encore et toujours

Autre divergence de taille entre les deux dirigeants, la question de Taïwan. George Bush a réaffirmé la politique américaine «d'une seule Chine» et s'est prononcé contre toute action unilatérale de la Chine ou de Taïwan remettant en question le statu quo. «Nous sommes opposés à tous les changements unilatéraux du statu quo sur Taïwan, de quelque côté que ce soit, et nous appelons fermement les deux parties à éviter toute action visant à une confrontation ou à une provocation», a-t-il dit.

«Taïwan constitue une portion inaliénable du territoire chinois. Nous allons continuer à faire tous les efforts et à prendre toutes les initiatives, en toute sincérité, pour atteindre l'objectif d'une réunification pacifique des deux côtés du détroit de Taïwan», a répondu son homologue chinois. «Nous ne laisserons jamais personne permettre à Taïwan de faire sécession par rapport à la Chine, de quelque manière que ce soit», a-t-il ajouté.

Sur le dossier délicat des relations commerciales, Hu Jintao a assuré que Pékin continuerait à réformer son système des changes et prendrait des mesures pour faciliter l'accès commercial à ses marchés. Depuis des mois, les Etats-Unis demandent avec insistance à Pékin de réévaluer sa monnaie pour corriger le déséquilibre dans leurs échanges commerciaux avec la Chine, qui s'est traduit en 2005 par un déficit de près de 202 milliards de dollars à leurs dépens.