Quand partiront-ils? Aux Etats-Unis, la question du retrait des troupes américaines d'Irak est au cœur de la campagne pour les élections législatives du 7 novembre. Jeudi, lors d'une visite officielle en France, le président irakien Jalal Talabani a apporté un élément de réponse: «Deux ou trois ans suffiront pour reconstruire nos forces de sécurité et dire au revoir à nos amis de la force multinationale», a-t-il déclaré à Paris, lors d'une conférence à l'Institut français des relations internationales.

Selon Jalal Talabani, un départ précipité des troupes occidentales conduirait à une «victoire des terroristes». Le dirigeant kurde, qui a été élu président par le parlement en avril 2005, estime que l'Irak n'est pas en situation de guerre civile mais qu'il est pris pour cible par une «minorité qui veut en faire un pays instable, isolé, en guerre avec lui-même et le monde extérieur».

Proposition et divergences

Sous ce propos, assez convenu dans la bouche d'un dignitaire du «nouvel Irak», Jalal Talabani a laissé poindre une série de critiques contre la politique des Etats-Unis. Avant l'invasion américaine, au printemps 2003, les peshmergas kurdes et les insurgés chiites du Sud - «des centaines de milliers d'hommes», selon lui - avaient proposé de libérer eux-mêmes leur pays. Washington avait refusé.

«Nous les avions prévenus que le régime de Saddam Hussein ne tiendrait pas plus de trois ou quatre semaines», a indiqué Jalal Talabani, mais les Américains ont quand même été surpris de la rapidité de sa chute. «Ensuite, ils ont voulu gouverner l'Irak avec des experts [étrangers]», déplore le dirigeant kurde, «mais nous avons refusé de coopérer avec eux». Le processus de stabilisation du pays s'en est trouvé fortement ralenti.

Autre sujet de divergence avec les Américains: Bagdad aimerait rapprocher les Etats-Unis et l'Iran. En mars dernier, Téhéran avait accepté une rencontre discrète entre diplomates des deux pays, mais la secrétaire d'Etat, Condoleezza Rice, a fait capoter le processus en le rendant public. Enfin, en cas d'attaque américaine contre les installations nucléaires iraniennes, Jalal Talabani affirme que l'Irak restera neutre: «Nous ne permettrons à personne d'utiliser notre territoire contre nos voisins.»