Trois semaines après la libération des journalistes Georges Malbrunot et Christian Chesnot la presse française replonge dans le doute et dans l'angoisse. Et les pouvoirs publics donnent des conseils de prudence. Florence Aubenas, envoyée spéciale de Libération à Bagdad, et son interprète Hussein Hanoun al-Saadi, qui travaille pour ce journal depuis presque deux ans, ont disparu mercredi matin. Personne ne sait ce qu'ils sont devenus, ni s'ils sont pris en otage.

L'événement a troublé la routine de la cérémonie des vœux à la presse du président de la République. Jacques Chirac a exprimé son inquiétude. «Nous mobilisons naturellement tous les moyens pour obtenir des informations et pour retrouver [Florence Aubenas]», a-t-il déclaré. Il a aussi souligné qu'aujourd'hui «la sécurité des correspondants de guerre ne peut pas être assurée en Irak. Pour tous, c'est une question de responsabilité. […] Les autorités françaises déconseillent formellement l'envoi de journalistes dans ce pays». Les autorités prennent cependant soin de ne pas s'immiscer dans les décisions de la presse. «J'assume ma responsabilité qui est de prévenir, disait vendredi Michel Barnier sur la chaîne de télévision LCI, mais nous avons aussi la responsabilité d'aider nos compatriotes; chacun a sa responsabilité, les journalistes ont un devoir d'informer et ils prennent leurs responsabilités.»

Les deux ex-otages en Irak étaient présents à la cérémonie des vœux. Georges Malbrunot a entendu l'appel du président de la République: «Je crois que cela se pose en ces termes, a-t-il dit. Personnellement, retourner en Irak serait de l'inconscience pour moi. Je n'ai pas de conseil à donner, mais ça me semble extrêmement risqué, surtout compte tenu des conditions de travail qui sont celles des journalistes actuellement.» Christian Chesnot considère qu'«il faut continuer à être présent en Irak, mais il faut peut-être revoir le dispositif et faire des sauts de puce».

Antoine de Gaudemar, le directeur de la rédaction, s'explique sur le site internet du journal: «Depuis deux ans, dit-il, Libération a choisi d'être en Irak parce qu'à chaque discussion sur l'opportunité de maintenir notre présence dans ce pays nous avons toujours considéré, avec nos envoyés spéciaux couvrant cette guerre, que la couverture médiatique était possible. […] La question d'envoyer ou non un reporter dépasse le cadre de l'Irak, elle est aussi vieille que le journalisme de guerre. Nous pensons que la mission du journaliste est de ne pas laisser la parole à ceux qui ont intérêt à manipuler la vérité.»

Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières qui classe depuis deux ans l'Irak comme le pays le plus dangereux pour les journalistes, donne la même réponse au nouvelobs.com: «Ce serait une catastrophe s'il n'y avait plus de journalistes en Irak. On ne saurait absolument plus rien de la situation de ce pays. […] Certes, les autorités doivent jouer leur rôle en disant que c'est dangereux, mais c'est à chacun de décider ensuite s'il veut partir.»