Kenya

Le président kenyan tance la justice après l'annulation de sa réélection

Uhuru Kenyatta a vertement critiqué la Cour suprême du pays. Il promet de se pencher sur le problème après les nouvelles élections. Le président refuse tout remaniement de la Commission électorale

Le président kényan Uhuru Kenyatta a vertement critiqué samedi la Cour suprême, au lendemain de l'annulation historique de sa réélection. Il a exclu tout remaniement en profondeur de la controversée Commission électorale, chargée d'organiser le nouveau scrutin d'ici le 31 octobre.

Les juges de la Cour suprême ont «décidé qu'ils avaient plus de pouvoirs que plus de 15 millions de Kényans qui ont fait la queue pour voter». «Cela ne peut pas durer, et nous nous pencherons sur ce problème, après les élections», a mis en garde Uhuru Kenyatta, 55 ans.

Le président sortant a une nouvelle fois appelé à la paix, mais le bâtonnier de l'Ordre des avocats du Kenya, Isaac Okero, a pour sa part qualifié ses nouvelles déclarations de «menaçantes» et donc «inappropriées». Les commentaires d'Uhuru Kenyatta visant l'appareil judiciaire constituent aussi un sujet d'inquiétude pour les observateurs.

Le président a par ailleurs exclu tout remaniement en profondeur de la Commission électorale (IEBC), épinglée par la Cour suprême pour sa gestion des élections et dans laquelle l'opposition a dit avoir perdu toute confiance.

"Courage" salué

Une douce euphorie régnait jusque-là au Kenya depuis l'annulation vendredi de l'élection du 8 août par la Cour suprême. Cette dernière a décelé des "irrégularités" dans la transmission des résultats ayant selon elle compromis l'intégrité du scrutin, une première en Afrique.

Dès vendredi après-midi, le «courage» de la Cour suprême a été salué par de nombreux analystes politiques comme un exemple pour un continent traversé de nombreuses crises électorales, et comme preuve de la «maturation» démocratique du pays. Les partisans de l'opposition étaient en liesse, désormais assurés que la justice n'est pas invariablement contre eux.

Un «grand jour» pour le pays, a abondé samedi la presse kényane, d'autant que le président Kenyatta annonçait dans la foulée respecter le jugement. Le contraste était grand avec les manifestations et émeutes violemment réprimées (au moins 21 morts) qui avaient suivi la proclamation de la victoire de Uhuru Kenyatta avec 54,27% des voix.

Bataille féroce en vue

Mais les déclarations du président samedi ont donné le ton d'une campagne qui s'annonce de nouveau acrimonieuse et d'une bataille féroce autour de la commission électorale.

Candidat malheureux en 1997, 2007 et 2013, Raila Odinga, 72 ans, avait dans un premier temps exclu un recours en justice, avant de s'y résoudre face aux pressions de certains poids lourds de sa coalition et de la communauté internationale. Il a finalement obtenu gain de cause, et appelé au départ des dirigeants de l'IEBC.

Le président de l'instance de contrôle électoral a annoncé que certains membres seraient remplacés, tout en excluant de démissionner lui-même.

Questions en suspens

Devant les juges, les avocats de l'opposition ont pointé du doigt des procès-verbaux de bureaux de vote et circonscriptions, les seuls à faire légalement foi, non signés ou ne présentant pas les signes d'authentification prévus par l'IEBC. Cette dernière avait elle reconnu quelques "erreurs humaines commises par inadvertance", mais les considérait comme marginales.

De nombreuses questions restent toutefois en suspens. Le jugement complet de la Cour suprême, censé détailler ce qu'elle reproche à l'IEBC, doit être publié d'ici au 22 septembre.

«Les institutions chargées de gérer (les élections) se sont pathétiquement montrées incapables d'exécuter leur mandat», a tancé samedi le Daily Nation dans son éditorial. «Il est difficile d'imaginer comment (l'IEBC) va conduire les élections durant les 60 prochains jours».

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