Europe

Le président de l’Eurogroupe met en garde le gouvernement Tsipras

Le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, ne souhaite plus travailler avec la troïka et demande un nouvel accord

Le président de l’Eurogroupe met en garde le gouvernement Tsipras

Le bras de fer entre le gouvernement grec dominé par le parti de la gauche radicale Syriza et l’Union européenne (UE) a commencé. Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe (le club de ministres de Finances des pays ayant adopté la monnaie unique) s’est rendu à Athènes vendredi et a mis les nouveaux dirigeants en garde contre le non-respect des accords passés entre la Grèce et ses partenaires européens. «Ignorer les engagements n’est pas le bon chemin à prendre», a-t-il dit à l’adresse du ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis.

Réplique de ce dernier: «La Grèce veut bien dialoguer avec l’Europe, mais pas avec le comité branlant de la troïka [Commission, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international]. Nous avons une volonté absolue de coopérer avec nos partenaires et de les convaincre qu’il est dans l’intérêt de nous tous de négocier un nouvel accord.»

«Les 7 milliards,nous n’en voulons pas»

Le gouvernement d’Alexis Tsipras réclame la fin du programme d’ajustement structurel piloté par la troïka et la renégociation du remboursement de la dette. En dépit des engagements pris par le pays, les nouveaux dirigeants préconisent l’arrêt des privatisations, l’augmentation du salaire minimum et des allocations sociales. «Le gouvernement grec compromettra les réformes et retardera la relance de l’économie du pays s’il insiste à tenir ses promesses électorales», avait déjà prévenu Jeroen Dijs­selbloem avant de prendre l’avion pour Athènes.

Un tête-à-tête entre le premier ministre, Alexis Tsipras, et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, est prévu la semaine prochaine à Bruxelles. Le Luxembourgeois a toutefois déjà rejeté toute annulation de la dette. «Les autres pays de la zone euro ne l’accepteront pas», a-t-il dit jeudi au quotidien Le Figaro . Avant lui, le vice-président de la Commission, Jyrki Katainen, chargé de la Croissance, de l’emploi et de la compétitivité, a affirmé que la Grèce devait respecter ses engagements.

Le ton est également monté du côté grec. Dans une interview au New York Times , le ministre Yanis Varoufakis a ouvertement critiqué la troïka, qui doit encore verser une dernière tranche de 7 milliards d’euros à la Grèce. «Les 7 milliards, nous n’en voulons pas, a-t-il dit. Ce que nous voulons, c’est repenser toute la collaboration.» La troïka, dont le programme s’achève le mois prochain, voudrait négocier un nouveau prêt à la Grèce, ce qui lui permettrait d’honorer ses créances en 2015. Sur une dette totale de 317 milliards d’euros, soit 170% du PIB, la part des pays de la zone euro et des institutions financières s’élève à 280 milliards. Le reste est détenu par les banques privées.

En poste depuis seulement cinq jours, Yanis Varoufakis n’a pas encore finalisé sa stratégie économique. Il n’est pas partisan d’une annulation pure et simple de la dette. En revanche, il souhaite rembourser en fonction de la croissance économique. En 2014, les paiements des intérêts ont absorbé 2,8% du PIB. «Un tel fardeau est insoutenable», a-t-il dit à plusieurs reprises.

Le ministre des Finances entend défendre sa position la semaine prochaine à Paris, à Londres et à Rome. Il bénéficie déjà du soutien de son homologue français. «Annuler la dette grecque, non. En discuter pour alléger le fardeau, oui», a assuré Michel Sapin mardi à Bruxelles.

Jeroen Dijsselbloem a également eu un entretien avec Alexis Tsipras vendredi à Athènes. Selon l’agence de presse grecque ANA , le premier ministre a souligné la «volonté ferme» de son gouvernement de changer de trajectoire, sans toutefois solliciter les contribuables d’autres pays. Il a aussi affirmé son engagement à ne pas faire dérailler le budget. «Nous ne voulons pas créer de nouveaux déficits. Mais nous ne vivrons pas avec des déficits sociaux permanents», a-t-il dit à son invité.

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