Entre 2014 et 2015, les licences d’exploitation de plus de 50 îles des Maldives ont été accordées par des proches du président Abdulla Yameen sans passer par la procédure d’appel d’offres publique prévue par la loi. Publiée à quelques jours de l’élection présidentielle du 23 septembre, l’enquête menée par un consortium international de journalistes, Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP), met en cause un réseau «frauduleux» qui a permis à une élite restreinte de céder des parties du territoire national à de grosses entreprises du tourisme tout en détournant 80 millions de dollars avec la bienveillance du chef de l'Etat.

Violation des droits fondamentaux et resorts de luxe

La République des Maldives compte quelque 1200 îles dans l’océan Indien. Sur une population de 430 000 personnes, 153 000 résident dans la capitale Malé, loin des resorts de luxe réservés aux touristes. Méconnu jusque dans les années 1970, l’archipel a enregistré une explosion du tourisme à partir des années 2000. En 2016, le pays a enregistré une affluence d’environ 1,3 million de visiteurs.

Selon la loi maldivienne, les concessions d’exploitation des îles de l’archipel doivent être soumises à un appel d'offre public. A cette condition, des entreprises de tourisme peuvent louer des îles entières pour une période allant jusqu’à 50 ans.

Toutefois, selon l’enquête de OCCRP qui se base sur des documents officiels et des enregistrements téléphoniques, l'ancien vice-président et ministre du tourisme Ahmed Adeeb, fort de l’autorisation du président Yameen, aurait traité directement entre 2014 et 2015 avec des entreprises locales et internationales afin d'octroyer des îles inhabitées à moindre coût, en contournant le droit.

La documentation officielle recueillie au sein du Ministère du tourisme démontrerait aussi que le bureau du président a conclu au moins 24 accords permettant la location illégale de territoire. Selon des SMS provenant du portable d'Ahmed Adeeb, le chef de l'Etat serait impliqué personnellement dans au moins une des transactions.

Un système de fraude simple et efficace

Actuellement en prison, Ahmed Adeeb approchait les potentiels acheteurs en tant que représentant de l'Etat. Une fois le contrat signé, les paiements s’effectuaient via la société publique Maldives Marketing & Public Relations Corporation (MMPRC) dirigée par un ami intime du ministre du Tourisme.

Selon l'enquête, l’argent aurait été déposé sur des comptes bancaires privés au lieu de rentrer dans les coffres de l’Etat. Par la suite, des pots-de-vin étaient distribués à des membres du parlement proches du président, des officiers de police, des juges ainsi qu’à des représentants du crime organisé local.

Une commission indépendante contre la corruption instituée aux Maldives en 2008 avait assuré qu’une somme de 1 million de dollars avait été versée sur un compte privé au nom du président Abdalla Yameen par une filiale de MMPRC. Toutefois la commission a fini par fermer le dossier, déclarant l'impossibilité de convoquer les actionnaires et le secrétaire général de cette filiale du moment qu'ils ne se trouvaient plus aux Maldives.

Le président Abdulla Yameen a nié plusieurs fois son implication dans ce scandale. Mais, ces affaires, loin de contribuer à une plus grande transparence, ont produit l'effet inverse. En 2016, les parlementaires loyalistes ont approuvé un amendement qui supprime entièrement l’obligation de mise au concours public des concessions territoriales. L’opposition avait ensuite dénoncé cette manœuvre la qualifiant de mesure qui, de facto, «légalise» la corruption.

Abulla Yameen devrait être réélu le 23 septembre pour un deuxième mandat. Lors d'un débat électoral, le président a pointé du doigt l’ancien vice-président et ministre du tourisme Ahmed Adeeb, affirmant que le scandale des concessions faisait désormais partie du passé.

Pays musulman sunnite, les Maldives fondent leur droit sur la charia. La loi en vigueur permet la peine de fouet pour les femmes adultères, tout comme la peine de mort pour les mineurs âgés d’au moins 7 ans. Depuis l’arrivée au pouvoir du président Yameen en 2013, l’archipel a été critiqué par plusieurs institutions internationales à cause des violations continues des libertés civiles et des droits de l’homme.