Accompagné par une marée de sympathisants, le chef de l’opposition malgache Andry Rajoelina avait peu auparavant fait une entrée triomphale dans les bureaux de la présidence dans le centre d’Antananarivo, pris d’assaut la veille par l’armée pour «précipiter le départ» du chef de l’Etat. «Je déclare solennellement que j’irai jusqu’au bout de mes forces. On est libre maintenant mais la route sera encore très difficile», a lancé le jeune opposant de 34 ans.

Marc Ravalomanana, homme d’affaires porté au pouvoir en 2002 par un élan populaire, «a signé une ordonnance» par laquelle il transfère ses pouvoirs et celles du premier ministre «à un directoire militaire», selon plusieurs diplomates en poste à Antananarivo qui ont requis l’anonymat.

Les détails de cette ordonnance n’étaient pas connus dans l’immédiat, et on ignorait où se trouvait le président démissionnaire. Ces derniers jours, l’hypothèse d’un prochain départ en exil était évoquée avec insistance par plusieurs observateurs, l’essentiel de sa famille ayant déjà quitté la Grande Ile de l’océan Indien.

Un président affairiste

Dimanche encore, Marc Ravalomanana, 59 ans, assurait pourtant qu’il ne démissionnerait «jamais» face à la contestation grandissante menée par Andry Rajoelina, qui s’est fait le porte-voix des frustrations de nombreux Malgaches touchés par la hausse des prix, et de leur ressentiment contre le président, décrit comme coupé de la population et affairiste.

Engagé en décembre lors de l’interdiction par les autorités d’une télévision appartenant à l’opposant, alors maire de la capitale, le bras de fer entre les deux hommes s’est durci fin janvier et a depuis fait plus d’une centaine de morts lors de violences ponctuelles mais sanglantes. Andry Rajoelina, surnommé «TGV» pour sa fulgurante ascension politique, s’est d’abord autoproclamé président d’une «Haute Autorité de transition», avant de réclamer ces derniers jours l’arrestation de son rival.

L’armée, d’abord neutre, a finalement pris fait et cause pour la démission du chef de l’Etat. Les militaires qui ont pris lundi soir les bureaux de présidence dans le centre de la capitale ont ainsi salué Andry Rajoelina lorsqu’il est entré dans le bâtiment mardi, en levant leurs fusils en signe de victoire. L’opposant était arrivé avec ses partisans depuis la place du 13-Mai, où ses rassemblements quasi-quotidiens ont rythmé la crise malgache, et où il avait «remercié» l’armée pour son intervention de la veille.

«Disproportionné»

A une douzaine de kilomètres de là, Marc Ravalomanana, de plus en plus isolé, s’était retranché ces derniers jours au palais d’Iavoloha, protégé par la garde présidentielle et ses partisans. «Le président est toujours à Iavoloha», avait déclaré mardi matin son porte-parole Andry Ralijaona, sans évoquer une éventuelle démission. Il estime que «ce qui se passe est disproportionné par rapport au problème (...) et que ce problème pourrait être résolu s’il y avait une volonté des deux côtés», avait-il ajouté. Selon le porte-parole, Marc Ravalomanana a assuré lundi à des éléments de la garde présidentielle: «je reste avec vous et si je dois mourir, je mourrai avec vous».

Face à l’escalade des derniers jours, l’Union européenne (UE) et l’Union africaine (UA) avaient mis en garde lundi contre une prise du pouvoir par la force à Madagascar. L’UE avait souligné qu’un chef de l’Etat mis en place par la violence ne serait pas «reconnu» comme légitime et que cela entraînerait une suspension de l’aide à l’un des pays les plus pauvres de la planète.