Nicaragua

Le président nicaraguayen attaque violemment un organisme de l’ONU

Daniel Ortega réagit au rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme qui fustige «l’usage disproportionné de la force» par les autorités nicaraguayennes lors des manifestations antigouvernementales

Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme «n’est qu’un instrument de politiques de terreur, de mensonge et d’infamie»: le président nicaraguayen Daniel Ortega a violemment attaqué mercredi cet organisme lors d’un rassemblement de membres de son parti à Managua. Il réagissait à la publication mercredi à Genève et à Managua d’un rapport du Haut-Commissariat sur les violations des droits de l’homme survenues au cours des manifestations antigouvernementales au Nicaragua entre le 18 avril et le 18 août.

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Daniel Ortega est confronté depuis quatre mois à des manifestations de l’opposition réclamant sa démission et celle de sa vice-présidente et épouse Rosario Murillo. La répression de ces rassemblements, au cours desquels plus de 300 personnes ont été tuées selon des associations de défense des droits de l’homme, a suscité de nombreuses critiques internationales.

Parmi les violations citées dans le document figurent «l’usage disproportionné de la force, qui se traduit parfois par des exécutions extrajudiciaires, des disparitions forcées, des détentions arbitraires généralisées, la torture et les mauvais traitements». Daniel Ortega a accusé le document d’être partial et de donner une image orientée des événements.

Dans son rapport, le Haut-Commissariat «ne dit pas un mot et ignore totalement les morts provoquées par les putschistes, les assassins, qui sont venus détruire le calme d’un peuple», a déclaré le président. Les autorités nicaraguayennes qualifient régulièrement de «putschistes» les participants aux manifestations de l’opposition. Elles font état d’un bilan de 198 morts pendant les manifestations et en imputent la responsabilité à l’opposition.

La communauté internationale invitée à réagir

Au-delà du rapport publié mercredi, le président Ortega, un ancien guérilléro sandiniste âgé de 71 ans, a étendu sa critique à l’ONU dans son ensemble. «Personne ne croit plus les organisations internationales», l’ONU est «un instrument des puissants et de leurs politiques de mort».

Peu avant la diatribe de Daniel Ortega, le gouvernement nicaraguayen a estimé que le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme avait «outrepassé ses prérogatives» et montré de l’«irrespect» envers la souveraineté du pays. Selon le gouvernement, le rapport «préjuge du comportement de l’Etat, en considérant comme avérées de supposées violations des droits de l’homme, et il contient des affirmations a priori, dépourvues d’objectivité et qui ne sont pas étayées».

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Dans un communiqué diffusé à l’occasion de la publication du rapport, le haut-commissaire Zeid Ra’ad al-Hussein a appelé la communauté internationale à agir pour enrayer la crise au Nicaragua. «La répression et les représailles contre les manifestants se poursuivent au Nicaragua, alors que le monde regarde ailleurs», a-t-il déclaré.

Les manifestations de l’opposition au Nicaragua, le pays le plus pauvre d’Amérique centrale, ont commencé en avril contre une réforme de la sécurité sociale – abandonnée depuis – pour se durcir ensuite et s’étendre à tout le pays en réaction à la répression.

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