La partie se complique pour Nicolas Sarkozy. Mardi, le parlement français a commencé à examiner l'un de ses projets fétiches, la réforme de la Constitution. Ce texte risque de ne pas obtenir le score requis - trois cinquièmes des voix des deux assemblées -, ce qui représenterait un revers majeur pour le président. Plus rageant encore: la défection d'une poignée de députés de droite pourrait précipiter l'échec du projet, trahissant des fissures béantes dans le bloc autrefois monolithique de la majorité.

Hier, les tractations se sont poursuivies entre le parti présidentiel UMP et les socialistes. Ceux-ci menacent de ne pas voter la réforme s'ils n'obtiennent pas une meilleure représentation au Sénat, la Chambre haute du parlement, et une limitation des interventions du président dans les médias audiovisuels.

Critique ouverte

Dans cette négociation serrée, «la droite est amenée à lâcher du lest, observe un parlementaire de l'UMP. En étant plus forts et plus unis, on pourrait être plus durs en affaires. Mais là, certaines voix manquent, même en interne.»

Ces derniers jours, les désaccords se sont multipliés dans le camp présidentiel, sur des sujets allant de la culture des organismes génétiquement modifiés à l'abolition des 35 heures. De «grands anciens» de la majorité, comme l'ex-premier ministre Jean-Pierre Raffarin, n'hésitent plus à critiquer ouvertement Nicolas Sarkozy, accusé de pousser ses réformes de façon expéditive et sans consultation. L'échec des municipales a laissé des traces chez les parlementaires de droite qui, sur le terrain, entendent leurs administrés se plaindre de la hausse du prix de l'essence ou de l'augmentation de salaire que s'est octroyée le président.

Les rebelles se divisent en trois catégories. Il y a tous ceux que Nicolas Sarkozy a dû bousculer pour conquérir le pouvoir. Il y a aussi des élus locaux échaudés par les coupes budgétaires prévues dans l'armée, la justice ou la santé. L'exemple de Jean-Pierre Raffarin est emblématique: Châtellerault, une ville de son département de la Vienne (ouest), pourrait perdre à la fois son hôpital, son école de gendarmerie et son tribunal en raison des réformes décidées par le chef de l'Etat.

Pour ce dernier, la troisième catégorie est sans doute la plus inquiétante. Elle se compose d'anciens inconditionnels qui, selon le parlementaire précité, se sont «amollis». Ils ne prennent plus systématiquement la défense du président ou, pire, joignent leur voix aux critiques. Un député de Paris, Claude Goasguen, a ainsi traité les conseillers de Nicolas Sarkozy de «connards [qui] parlent trop de l'autre côté de la Seine».

Spéculations

Pour l'instant, cette révolte diffuse et inorganisée n'a pas de chef. Mais elle dégrade un peu plus les rapports tendus que Nicolas Sarkozy entretient avec deux figures de la droite. Déjà froides, ses relations avec le premier ministre François Fillon sont devenues glaciales: les deux hommes se voient peu et n'apparaissent jamais ensemble. Les spéculations vont bon train sur le remplacement du chef du gouvernement en janvier 2009.

Un autre homme horripile le président: Jean-François Copé, chef du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale. Quoique jugé «réglo» et «loyal» par un proche du pouvoir, il semble trop ambitieux pour ne pas indisposer Nicolas Sarkozy. Ne rêve-t-il pas tout haut de devenir un jour, comme lui, président de la République? En privé, le chef de l'Etat lui reprocherait aussi d'avoir ébruité la nouvelle de sa rupture avec son ex-femme Cécilia, en 2005. Contacté par Le Temps, le bureau de Jean-François Copé n'a pas réagi à cette information.

Face à la grogne, Nicolas Sarkozy a décidé de ne rien changer. La stratégie exposée par ses proches est simple: subir, le temps que ses réformes produisent leurs effets et lui permettent de remonter lentement dans les sondages. En attendant, il continuera à critiquer qui bon lui semble, y compris ses prédécesseurs à l'Elysée ou les députés suspects d'immobilisme. Plus que jamais, Nicolas Sarkozy est persuadé d'avoir raison, y compris contre son propre camp. öPage 25