Proche-Orient

Le président palestinien accusé d’avoir été un agent du KGB

Deux chercheurs affirment que Mahmoud Abbas aurait travaillé pour les services secrets soviétiques au début des années 1980, alors qu’il se trouvait en exil à Damas. «Elucubrations» répond l’OLP

A en croire Isabella Ginor et son époux Gidon Remez, deux chercheurs à l’Institut Truman de l’Université hébraïque de Jérusalem, le président palestinien Mahmoud Abbas aurait été un agent du KGB au début des années 1980, alors qu’il résidait à Damas. Il y aurait été répertorié sous le nom de «Krotov» (La taupe) et son officier traitant était Mikhaïl Bogdanov, «diplomate» soviétique en poste dans la capitale syrienne.

Or, quarante ans plus tard, ce dernier est devenu l’envoyé spécial de Vladimir Poutine pour Proche-Orient. A ce titre, il négocie depuis plusieurs mois l’organisation à Moscou d’une rencontre entre Mahmoud Abbas et le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. Cela, afin d’insuffler un peu d’oxygène au processus de paix moribond.

Les documents d’un ex-archiviste du KGB

Spécialisés dans l’étude relations entre l’URSS et le Proche-Orient, Isabella Ginor et Gidon Remez passent pour des chercheurs sérieux et indépendants de toute formation politique israélienne. Comme d’autres universitaires spécialisés, ils ont été autorisés à consulter les «documents Vassili Mitrokhin», du nom d’un archiviste du KGB qui a passé des années à recopier clandestinement le protocole de toutes les opérations menées à l’Ouest par l’agence de renseignements extérieurs soviétiques, ainsi que les états de services de plusieurs milliers d’agents, avant de se réfugier en Grande-Bretagne peu après la chute du mur de Berlin.

A l’origine, Vassili Mitrokhin voulait s’installer aux Etats-Unis, mais les services américains ne l’ont pas pris au sérieux. Ils croyaient à une opération d’intoxication lancée par le KGB. C’est pour cela que l’homme s’est retrouvé à Londres et que ses archives sont conservées par le MI5, le contre-espionnage britannique.

Il y a quelques années, une partie des «documents Mitrokhin» a été publiée sous la forme d’un livre*. D’autres sont restés classifiés jusqu’à ces derniers mois et c’est dans ceux-là que le couple Ginor-Remez affirme avoir trouvé l’information «explosive».

«Le KGB recrutait des agents partout»

Si les dirigeants israéliens ne font aucun commentaire quant au passé allégué de Mahmoud Abbas, des anciens responsables du Shabak (la Sûreté générale notamment chargée du contre-espionnage) affirment que «cela ne les étonne pas» étant donné le contexte de guerre froide de l’époque. «Le KGB recrutait des agents partout, y compris à Washington et à Jérusalem. Pourquoi n’en aurait-il pas trouvé chez les Palestiniens?, interroge l’ex-numéro deux du Shabak Israël Hasson. Durant la guerre froide c’était la règle du jeu et les Soviétiques étaient très forts.»

A Ramallah, les responsables du Fatah et ceux de l’Autorité palestinienne (AP) n’ont pas attendu longtemps avant de déclencher un tir de barrage contre la première chaîne de la télévision israélienne qui a diffusé mercredi soir le «scoop» des deux chercheurs de l’Université de Jérusalem. A l’instar d’Hussein Al Sheikh, l’un des leaders du Fatah de Cisjordanie, ils présentent l’affaire comme «une tentative de déstabiliser l’AP». Dans la foulée, ils reconnaissent d’ailleurs que «l’OLP était tellement proche des Soviétiques au début des années 1980 que Moscou n’avait pas besoin d’espions pour savoir ce qui se passait dans ses rangs».

Des «élucubrations», selon l’OLP

Principal négociateur palestinien et secrétaire général de l’OLP, Saeb Erekat affirme quant à lui «avoir eu du mal à se retenir d’éclater de rire en ayant entendu les élucubrations déversées par les médias israéliens». Et de poursuivre: «Est-ce que vous ne trouvez pas étrange que cette affaire éclate justement maintenant, alors qu’Abbas et Netanyahou vont sans doute se rencontrer à Moscou? Cette histoire pue la manœuvre de bas étage et il n’est pas difficile de comprendre d’où elle vient.»

Dans les médias officiels palestiniens, plusieurs commentateurs estiment aussi que «ce pétard mouillé prépare le terrain en vue de la liquidation de Mahmoud Abbas comme cela a été fait en son temps avec Yasser Arafat». Des accusations que rejettent ferment les deux chercheurs israéliens ainsi que la première chaîne de télévision de l’Etat hébreu.


* The KGB in Europe and the West, Christopher Andrew and Vassili Mitrokhin, Pinguin Books.

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