Philippines

Le président philippin, roi de l’insulte

Le nouveau chef de l’Etat, Rodrigo Duterte, a qualifié l’ambassadeur américain d'«homosexuel» et de «fils de pute»

Le président des Philippines, Rodrigo Duterte, a insulté l’ambassadeur des Etats-Unis lors d’une intervention télévisée. Des propos sortant des discours politiques coutumiers, qui s’ajoutent à une longue liste d’injures proférées par cet ancien avocat depuis sa campagne et son élection en mai 2016. Le chef d’Etat philippin peut paraître extravagant, mais il est loin d’être inoffensif.

«Rien à faire des droits humains»

C’est un «homosexuel» et «un fils de pute. Il m’a fait chier». Voici comment Rodrigo Duterte a désigné Philip Goldberg, l’ambassadeur américain. Le président utilise souvent de tels mots fleuris, provocateurs et injustifiés, pour qualifier ses interlocuteurs. Jusqu’au pape, lui aussi taxé de «fils de pute» pour avoir provoqué des embouteillages à Manille lors de sa visite en janvier dernier, Même les Nations unies peuvent «aller se faire voir et la fermer». Mais au-delà des insultes, Rodrigo Duterte «n’a rien à faire des droits humains», selon ses propres mots.

Les mesures politiques qu’il préconise sont aussi violentes que son langage. Sa campagne électorale s’est faite à coup de slogans et de promesses populistes, comme l’élimination de dizaines de milliers de trafiquants de drogues. Dès son élection, il annonce qu’il souhaite rétablir la peine capitale et met immédiatement en place une campagne de lutte contre les narcotrafiquants. Lors de son discours d’investiture, le 30 juin 2016, Rodrigo Duterte invite la population à participer à cette chasse aux sorcières: «Si vous connaissez des drogués, allez les tuer vous-même.»

«Tirer pour tuer»

Sa croisade anti-trafiquant a fait un millier de morts depuis mai dernier. Selon les statistiques pourvues par le site Philippins ABS-CBN, 564 personnes ont été tuées par la police, 294 par des personnes non identifiées, et 82 autres retrouvées mortes. En plus de donner le droit à la police de «tirer pour tuer», le chef de l’Etat lui offre l’immunité contre toute poursuite pour des meurtres commis pendant l’exercice de leurs fonctions. Pas de place pour les procédures judiciaires dans cette lutte frénétique contre la criminalité.

Des purges politiques

La traque des narcotrafiquants orchestrée par Rodrigo Duterte est une excuse pour entreprendre des purges politiques. Dans un récent discours télévisé, il a nommé 158 membres du gouvernement liés au trafic de drogue. Il les a sommés de se rendre à la police. Et mercredi, le président a désigné une autre cible à abattre: l’Etat islamique, qui deviendrait un problème pour les Philippines dans les trois à sept prochaines années. Le chef de l’Etat a déjà ordonné à l’armée de détruire le groupe militant musulman Abu Sayyaf à cause de ce danger. A quand la répression contre l’opposition?

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