Une fois de plus le président conservateur polonais Lech Kaczynski menace de tout bloquer. Nicolas Sarkozy pensait peut-être l'avoir amadoué en juin 2007 en acceptant en faveur de la Pologne des exceptions au Traité de Lisbonne, mais tout est à refaire. Dans une interview au quotidien Dziennik, parue mardi au moment même où la France prenait la présidence de l'UE, Lech Kaczynski a déclaré qu'il n'apposerait pas à ce stade sa signature à l'acte de ratification polonais du traité.

Après le non irlandais, estime-t-il, le traité est sans objet. Lech Kaczynski, qui s'appuie également sur l'opposition du président tchèque Vaclav Klaus, un eurosceptique lui aussi, pense qu'il «n'est pas sérieux de prétendre que l'UE ne peut plus continuer à exister» sans réformes du traité. Même si le premier ministre libéral Donald Tusk espère que son président puisse encore faire machine arrière, le non de Lech Kaczynski risque de faire échouer la stratégie européenne qui vise à poursuivre le processus de ratification auprès des Vingt-Sept pour augmenter la pression sur l'Irlande.

Paraphe attendu

Après la défaite aux législatives de son parti Droit et Justice (PiS, nationaliste conservateur), Lech Kaczynski avait été contraint à un accord avec Donald Tusk. Plutôt qu'un référendum, ce dernier avait opté pour une ratification parlementaire du Traité de Lisbonne. Ce qui a été fait par les deux chambres en avril. Mais le chef de l'Etat doit encore apposer son paraphe.

Lech Kaczynski n'estime pas satisfaisant le protocole qui permet à la Pologne - comme au Royaume-Uni - de déroger à la charte des droits fondamentaux approuvée avec le traité. Il reproche à la charte d'ouvrir, pour les expulsés allemands de la Seconde Guerre mondiale, la porte à une éventuelle demande d'indemnisation. La perspective du mariage homosexuel ou de la suppression définitive de la peine de mort hérisse aussi le PiS qui bénéficie du soutien de la frange conservatrice de l'Eglise catholique. En bloquant le traité, Lech Kaczynski veut enfin régler des comptes avec Donald Tusk.