«Je vais mieux grâce au traitement. J’espère qu’il y aura bientôt de gros progrès qui m’autoriseront à rentrer au pays.» En concédant mardi une interview téléphonique à la BBC, Umaru Yar’Adua (58 ans), le président du Nigeria, élu en 2007, sera au moins parvenu à désamorcer certaines rumeurs qui circulaient sur son compte depuis son départ précipité pour l’Arabie saoudite en novembre dernier. A commencer par celle, de plus en plus insistante, de sa mort.

Les journaux nigérians tiennent méthodiquement le compte: hier, cela faisait cinquante jours que le président du pays le plus peuplé d’Afrique (150 millions d’habitant), à la santé réputée précaire, avait été évacué dans un hôpital de Jeeda pour y soigner son cœur malade. Il souffrirait d’une péricardite aiguë, selon son entourage médical. Depuis, il ne s’était jamais manifesté publiquement, au point de laisser libre cours à toutes les conjectures. Dimanche, le journal NEXT évoquait ainsi une détérioration de son cerveau telle que le président n’était plus en mesure de reconnaître ses plus proches ou de reprendre un jour ses attributions. Lundi, le bruit de sa mort courait sur Internet. Ce n’est pas la première fois. Au printemps 2007 déjà, en pleine campagne électorale, il avait été donné pour mort alors qu’il était traité dans un hôpital allemand.

Crise institutionnelle

Le silence d’Umaru Yar’Adua et la vacance persistante au plus haut sommet de l’Etat ont pris les allures d’une crise institutionnelle de plus en plus préoccupante chez ce géant pétrolier, revenu à la démocratie en 1999 après des décennies de coups d’Etat et de dictature militaire. Pour l’heure, Yar’Adua n’a pas manifesté la moindre intention de démissionner pour raison de santé malgré les demandes pressantes de l’opposition et de certains membres de la société civile. De même, il n’a pas, comme la Constitution l’y autorise, décidé de déléguer ses prérogatives au vice-président, Goodluck Jonathan, jusqu’à la prochaine présidentielle de 2011.

Sous la bannière Enough is enough (Assez, c’est assez), un mouvement activiste mené notamment par le Prix Nobel de littérature Wole Soyinka a appelé à une grande manifestation hier dans les rues de la capitale Abuja pour dénoncer la paralysie de l’exécutif. L’Assemblée nationale devait de son côté aussi débattre de l’éclipse présidentielle. Comme s’il s’était agi de montrer qu’il avait encore toute sa tête, Umaru Yar’Adua n’a pas manqué, lors de sa conversation téléphonique avec la BBC d’accompagner de ses vœux les Super Aigles, l’équipe nationale de football, pour la Coupe d’Afrique des nations qui a débuté dimanche en Angola.