Le président sri-lankais n’est pas invincible

Sri Lanka Mahinda Rajapaksa brigue ce jeudi un troisième mandat

Face à lui, son ancien ministre de la Santé

Les électeurs sri-lankais se rendent ce jeudi aux urnes pour élire leur président. La lutte est serrée entre le chef de l’Etat en exercice, Mahinda Rajapaksa, qui a vu sa popularité fondre comme neige au soleil, et son rival Maithripala Sirisena, qui draine les votes de tous les mécontents.

Après avoir amendé la Constitution, qui limitait à deux le nombre de mandats consécutifs, Mahinda Rajapaksa, qui est déjà le plus ancien chef d’Etat en exercice d’Asie du Sud, brigue un troisième mandat. En avançant la date du scrutin de deux ans, le chef de l’Etat espérait prendre de vitesse l’opposition, qui apparaissait divisée. Mais ce pari pourrait bien tourner en sa défaveur.

Elu une première fois en 2005, Mahinda Rajapaksa est réélu triomphalement en 2010 quelques mois après avoir écrasé dans le sang la rébellion menée par les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE). Surfant sur le soutien de la majorité cinghalaise bouddhiste du pays, il en profite alors pour renforcer les pouvoirs présidentiels. A la faveur de la paix retrouvée, les investisseurs reviennent et le pays renoue avec la croissance: de 2% en 2010, elle est passée à plus de 7,7% pour le dernier trimestre 2014. Le président noue des liens avec Pékin et lance, avec l’aide chinoise, des projets d’infrastructures et la construction d’un immense complexe portuaire.

Pourtant, malgré les succès économiques, une large majorité de la population vit encore dans la pauvreté. L’inflation et le chômage ont augmenté, ce qui a nourri la désillusion. Dans les campagnes, ceux qui avaient d’abord soutenu le président critiquent de plus en plus ouvertement sa gestion. Ils mettent sur le compte de la corruption généralisée et du népotisme gouvernemental la mauvaise répartition des richesses. Trois des frères de Mahinda Rajapaksa occupent des postes importants: son frère aîné Chamal est le speaker du parlement, tandis qu’un autre est ministre du Développement économique et un troisième secrétaire à la Défense. Quant à son fils de 28 ans, il est déjà député et pressenti pour être le successeur. D’autres membres de la famille élargie trustent les postes à responsabilité dans l’administration publique.

A l’opposé, Maithripala Sirisena, un ancien fermier converti à la politique, ne traîne aucune casserole et se pose en homme intègre. Il a créé la surprise en démissionnant de son poste de ministre de la Santé en novembre dernier et rapidement rallié un fort soutien non seulement auprès des anciens électeurs du président actuel mais aussi auprès des minorités, notamment des Tamouls, environ 13% de la population de 22 millions. Ces derniers espéraient qu’après la fin de la guerre, le gouvernement lance une grande politique de réconciliation et leur accorde une plus large autonomie. Mais leurs espoirs ont fait long feu: la présence militaire dans les zones à majorité tamoule, les anciens bastions des LTTE dans le nord et l’est du pays, n’a pas pris fin. En outre, malgré les pressions des Nations unies pour que le gouvernement de Colombo ouvre une enquête sur les exactions commises dans les derniers mois de la guerre civile, Mahinda Rajapaksa s’est obstiné dans une position de défiance et de déni, qui lui coûte aujourd’hui le vote des Tamouls.

La minorité musulmane s’est aussi ralliée à l’opposition. Elle déplore une montée de la violence favorisée par un président trop complaisant à l’égard des groupuscules bouddhistes radicaux. En soutenant Mahinda Rajapaksa, les extrémistes cinghalais du mouvement Bodu Bala Sena ont poussé les partis musulmans qui appartenaient à la coalition au pouvoir vers l’opposition.

A l’approche du scrutin, la violence religieuse a augmenté. Plus de 200 incidents ont été recensés durant la campagne et trois supporters de Maithripala Sirisena ont été agressés. Les leaders de l’opposition accusent le gouvernement de faire pression sur les électeurs et de tenter de les intimider.

Son adversaire Maithripala Sirisena ne traîne aucune casserole et se pose en homme intègre