Le président roumain Traian Basescu a évité la destitution lors d'un référendum qui s'est achevé samedi 19 mai. Après avoir été suspendu de ses fonctions par le parlement le 19 avril, ce centriste âgé de 55 ans a remporté environ 74% des suffrages lors de ce référendum dont le taux de participation est estimé à 44%. «Je veux croire que la majorité anti-présidentielle qui m'a suspendu de façon abusive a compris le signal que les Roumains lui ont renvoyé», a-t-il affirmé après l'annonce des résultats.

L'opposition sociale-démocrate, alliée à l'extrême droite et au Parti libéral de gouvernement n'avait pas négligé ses efforts pour abattre ce président qui n'arrêtait pas de fustiger la corruption dans un pays membre de l'Union européenne, depuis le 1er janvier. Mais les Roumains n'ont pas apprécié ce cocktail explosif, une alliance qui accusait le chef de l'Etat d'avoir «enfreint la Constitution». Ils se sont ralliés derrière Traian Basescu qu'ils considèrent comme l'homme providentiel capable d'éradiquer la corruption en Roumanie.

Un «Popeye» atypique

On l'a surnommé Popeye en raison de son passé de commandant de vaisseau et de sa ressemblance avec le personnage de dessins animés. Traian Basescu a eu un parcours très atypique sur l'échiquier politique roumain. Il a quitté la marine après la chute du régime communiste il y a dix-sept ans. Après avoir été ministre des Transports, il s'est retrouvé dans l'opposition et a remporté la mairie de Bucarest en 2000. Il s'est alors fait connaître par ses mesures radicales contre les 200000 chiens errants qui avaient pris à l'époque la capitale roumaine en otage. Autoritaire, il connaît bien l'administration et son discours anti-corruption lui a valu la victoire de l'élection présidentielle en 2004. Tout le contraire d'un homme d'appareil, il a mené une vie dure dans la marine, raison pour laquelle il est très charismatique.

Depuis l'adhésion à l'Union européenne (UE) en janvier dernier, les Roumains sont plus exigeants avec la classe politique. Traian Basescu a su saisir ce changement d'attitude et s'afficher en champion de la lutte anti-corruption en prenant dans sa ligne de mire le premier ministre libéral Calin Tariceanu et les parlementaires. Sa victoire au référendum a renforcé sa légitimité mais ses pouvoirs constitutionnels restent limités. «Je ne tirerai qu'une seule conclusion, a-t-il lancé après le référendum. Les Roumains veulent moderniser la classe politique, ce qui veut dire qu'ils sont favorables à l'introduction du vote uninominal ainsi qu'à une révision de la Constitution. Les Roumains ne veulent plus que leur pays appartienne aux oligarques, ils veulent que les institutions travaillent pour eux.» Son franc-parler au sujet de la corruption, qui reste un fléau dans ce nouveau membre de l'UE, a séduit les Roumains mais l'opposition n'a pas baissé la garde. «Il s'agit d'une victoire sans gloire», a résumé Mircea Geoana, le leader du Parti social-démocrate, après l'annonce du résultat du référendum.

Canots de sauvetage

Aujourd'hui, l'ancien commandant de vaisseau redevenu président de la Roumanie reste confronté à un parlement et à un gouvernement hostiles. Le vote en sa faveur a renforcé son pouvoir mais, selon les analystes, il n'est pas certain que son énorme popularité lui suffira pour tenir sa promesse de moderniser la Roumanie. Son intention d'introduire le vote uninominal pour réformer une classe politique qu'il considère sclérosée le rend encore plus sympathique aux yeux des Roumains. «La victoire de ce référendum me rappelle les sensations que j'avais quand je naviguais sur l'océan mais cette fois je suis accompagné par toute la nation roumaine, a déclaré l'ancien capitaine à l'issue du référendum qui le renvoyait au palais présidentiel. Je trouve que la classe politique devrait suivre la nation. Sinon je lui réserve des canots de sauvetage.»