Présidentielle américaine

Le président Trump sera tout-puissant

Le futur président des Etats-Unis pourra compter sur un Congrès sous total contrôle républicain. Il pourrait aussi ancrer la Cour suprême dans le camp conservateur pour des années. Les conséquences politiques pourraient être majeures

Le Parti républicain a beau s’être illustré au cours des sept dernières années par son obstructionnisme systématique au Congrès, il a beau avoir affiché une cote d’impopularité record, les électeurs américains ne les ont pas moins plébiscités lors des élections américaines de mardi. Alors que les démocrates avaient encore bon espoir de reprendre le contrôle du Sénat après l’avoir perdu en 2010, ils ont connu une sévère déconvenue dans la nuit de mardi à mercredi. Le Sénat reste en mains républicaines tout comme la Chambre des représentants qui était, en raison de découpages très partisans des circonscriptions électorales («gerrymandering»), hors de portée des démocrates. Cette mainmise républicaine totale sur le Congrès et sur la Maison-Blanche aura des conséquences politiques majeures. Donald Trump, ne pouvait pas espérer meilleur scénario. Le tableau est complété par un autre résultat catastrophique pour les démocrates: les républicains ont renforcé leur contrôle dans les Etats, occupant désormais 34 des 50 postes de gouverneurs, un record qui n’a plus été égalé depuis 94 ans.

Quel avenir pour le climat…

A partir de la prestation de serment, le 20 janvier prochain, le 45e président des Etats-Unis pourra avoir les coudées franches. Avec une telle configuration, c’est une bonne partie du bilan que va laisser le président démocrate Barack Obama qui est menacé. A commencer par l’un des grands succès de sa présidence, Obamacare. La réforme de la santé connue aussi sous le nom d’Affordable Care Act connaît certes des difficultés en ce moment en raison d’un nombre excessif d’assurés en mauvaise santé et peu de jeunes sains. Mais elle continue d’être une petite révolution dans un pays qui n’a forcément pas pour devise étatique la solidarité. Donald Trump l’a déclaré tout au long de la campagne électorale: il promet d’abroger Obamacare. Pour la remplacer par quoi? Le républicain est toujours resté très discret, donnant même l’impression lors d’un débat télévisé très mal connaître le dossier. En ce sens, il obtiendra facilement le soutien du Sénat et a fortiori de la Chambre des représentants qui a voté plus de soixante fois pour abolir la réforme.

Deux autres dossiers pourraient venir rapidement sur la sellette. Le premier est le Clean Power Plan. Afin d’arriver à la conférence de Paris sur le climat avec des mesures crédibles, l’administration de Barack Obama a adopté un plan visant à réduire de 32% les émissions de gaz à effet de serre des centrales à charbon. Chez le deuxième plus grand pollueur de la planète après la Chine, c’est une petite révolution. Mais le futur président Trump pourrait bien saborder ce plan qui, selon lui, tue des milliers d’emplois chez les mineurs des Etats charbonniers de Virginie-Occidentale ou du Kentucky. Il promet aussi de s’en prendre à l’institution emblématique chargée de la mise en œuvre du Clean Power Plan, l’Agence de protection de l’environnement (EPA) dirigée par la très compétente Gina McCarthy.

… et la Cour suprême?

Le second dossier a trait à l’accord multilatéral sur le programme nucléaire iranien. Celui-ci n’a jamais plu aux républicains qui s’en sont servi comme d’un punching-ball contre la Maison-Blanche. Donald Trump a annoncé qu’il ferait de l’accord, «le pire jamais conclu», un chiffon de papier. Le cas échéant, il n’aura aucune peine à obtenir l’appui du Congrès.

Mais ce n’est pas tout. Le raz-de-marée républicain va aussi sans doute permettre la prise de contrôle d’un organe censé être apolitique, mais qui s’est fortement politisé ces dernières années: la Cour suprême. Un an avant la fin de son mandat, Barack Obama a bien nommé le très respecté Merrick Garland pour remplacer le défunt juge ultra-conservateur Antonin Scalia. Mais défiant la Constitution, les républicains ont bloqué la nomination, refusant même d’auditionner le juge officiant actuellement dans une Cour d’appel fédéral.

En s’installant dans le Bureau ovale, Donald Trump ne va pas tarder à user de sa prérogative pour nommer un remplaçant, conservateur celui-là, afin de combler le poste vacant. Au cours de la campagne électorale, il avait publié une liste d’une vingtaine de personnes pressenties pour le poste, toutes bien ancrées dans le camp conservateur. La Cour suprême va ainsi retrouver sa composition d’avant, cinq juges conservateurs contre quatre juges progressistes. Pour l’heure, la haute cour est incapable de fonctionner correctement. Saisie d’un décret présidentiel accordant un sursis de renvoi à quelque cinq millions de clandestins, elle avait été incapable de trancher (4 contre 4).

Le cauchemar des démocrates ne s’arrête pas là. Les juges de gauche Ruth Bader Ginsberg et Stephen Breyer ont respectivement 80 et 78 ans. Le juge conservateur modéré Anthony Kennedy à 80 ans aussi. Il est assez probable que Donald Trump soit amené à nommer un, deux voire trois nouveaux juges pour, le cas échéant, les remplacer. L’équilibre pourrait être totalement bouleversé pour des années, avec six voire sept juges conservateurs. Il faudrait remonter à Franklin Roosevelt pour trouver un Cour suprême qui soit autant sous l’emprise d’un seul parti. Dans un tel cas de figure, ce qui apparaissait jusqu’ici comme des acquis pourrait être remis en question. On pense en particulier au droit à l’avortement légalisé en 1973 à l’échelle fédérale et au mariage gay légalisé en juin 2015, mais aussi au Clean Power Plan et au décret présidentiel sur l’immigration. Plusieurs dossiers qui symbolisent l’Amérique de Barack Obama.

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