Le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, a remis mardi sa démission après trente-sept ans de pouvoir, a annoncé le président de l’Assemblée nationale lors d’une session extraordinaire du parlement à Harare, qui débattait de sa destitution. Le président était assigné à résidence dans sa villa depuis l’intervention de l’armée dans la nuit de mardi à mercredi dernier pour l’écarter du pouvoir.

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«Moi, Robert Gabriel Mugabe, […] remets formellement ma démission de président de la République du Zimbabwe avec effet immédiat», a déclaré le président de l’Assemblée nationale Jacob Mudenda, en lisant, sous les applaudissements, la lettre de démission du chef de l’Etat.

«J’ai choisi volontairement de démissionner. Cette décision a été motivée par […] mon désir d’assurer un transfert du pouvoir sans problème, pacifique et non violent», a expliqué Robert Mugabe dans sa lettre.

La joie dans les rues de Harare

L’annonce de sa démission a été annoncée alors que les députés et les sénateurs étaient réunis en congrès extraordinaire pour débattre en urgence d’une motion de destitution. Elle a été immédiatement saluée par un concert assourdissant d’avertisseurs dans la capitale, Harare.

Depuis le coup de force de l’armée il y a une semaine, provoqué par la révocation du vice-président Emmerson Mnangagwa, le président Mugabe avait perdu un à un ses soutiens. Plus tôt mardi, Emmerson Mnangagwa avait ajouté sa voix à ceux qui exigent son départ. «Le peuple du Zimbabwe a parlé d’une même voix et j’appelle le président Mugabe à entendre cette sonnerie de clairon […] et à démissionner, de sorte que le pays puisse aller de l’avant», avait-il dit dans un communiqué.

Robert Mugabe, héros de la guerre d’indépendance, a dirigé son pays d’une main de fer, muselant l’opposition et ruinant l’économie du pays.


Robert Mugabe en dix dates

21 février 1924: naissance à Kutama (ouest de Salisbury, devenu Harare) dans une famille de paysans.

1960: après des années à l'étranger, il rentre en Rhodésie et s'engage au sein du Parti national démocratique (NPD). Après son interdiction, il adhère à l'Union du peuple africain du Zimbabwe (ZAPU) de Joshua Nkomo, avant de fonder avec des dissidents la ZANU (Union nationale africaine du Zimbabwe)

1964-74: Mugabe est placé en détention. Libéré, il prend la direction de la ZANU (interdite) et mène, avec la ZAPU de Joshua Nkomo, la lutte armée contre le régime blanc de Ian Smith. La guerre de 1972 à 1979 fait 27 000 morts.

18 avril 1980: indépendance de la Rhodésie, rebaptisée Zimbabwe. Mugabe est Premier ministre et son partenaire de lutte, Joshua Nkomo, ministre de l'Intérieur.

17 février 1982: limogeage de Nkomo, accusé de complot. Une dissidence armée dans le Matabeleland (ouest), son fief, provoque une sanglante répression (20 000 morts).

30 décembre 1987: Mugabe devient chef de l'Etat après une révision de la Constitution.

février 2000: rejet d'un projet de Constitution qui devait renforcer ses pouvoirs. Il laisse les vétérans de la guerre d'indépendance exproprier plus de 4000 fermiers blancs.

mars 2008: l'opposant Morgan Tsvangirai le devance au 1er tour de la présidentielle, mais renonce après des violences contre ses partisans. Mugabe est réélu en juin, ainsi qu'en 2013.

décembre 2014: reconduit à la tête du parti au pouvoir, il intronise Grace, épousée en secondes noces en août 1996, à la présidence de sa puissante Ligue féminine et effectue une vaste purge.

novembre 2017: Le 6, Robert Mugabe limoge son vice-président Emmerson Mnangagwa, présenté comme son dauphin, provoquant une crise politique majeure. Le 15, l'armée prend le contrôle de Harare et place le chef de l'Etat en résidence surveillée. Lâché par son propre parti et menacé de destitution, il démissionne le 21.