Les bulletins de vote de la première présidentielle afghane ont pris dimanche le chemin des centres de dépouillement. A travers le pays, hélicoptères, ânes et voitures ont commencé à convoyer le matériel électoral dès samedi soir. L'opération, jugée sensible, a déjà coûté la vie à trois policiers, lors de l'attaque d'un convoi dans la province d'Oruzgan, selon la Force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF). Le décompte des bulletins, centralisé dans huit centres de dépouillement, ne devrait pas commencer avant lundi, selon l'ONU. Le comptage des voix devrait durer deux à trois semaines.

Quelque 10,5 millions d'électeurs en Afghanistan et plus de 1 million de réfugiés en Iran et au Pakistan étaient appelés à voter. Selon l'ONU, le taux de participation a été «massif». Cette élection se déroulait sous haute surveillance, les talibans ayant annoncé qu'ils allaient troubler le processus électoral.

Le principal groupe d'observateurs du processus, la Fondation afghane pour des élections libres et justes (FEFA), a estimé dimanche que la présidentielle s'était déroulée dans «un environnement assez démocratique». Cette organisation, qui était la seule à disposer d'observateurs dans toutes les provinces, a relevé des violations de la loi électorale. Mais elle n'a pas reçu d'informations faisant état de véritables «intimidations» des électeurs.

La FEFA a souligné que le problème posé par l'encre utilisée pour marquer de manière indélébile le pouce des électeurs ayant voté avait été «la principale source de critiques». Dans certains bureaux de vote, des responsables n'ont pas utilisé le bon feutre, ce qui aurait permis à certains électeurs de voter plusieurs fois.

Demandes d'invalidation rejetées

Ce problème de marquage fera l'objet d'une enquête, a annoncé pour sa part la Commission électorale. Cette dernière a en revanche rejeté les demandes d'invalidation du scrutin. Certains des candidats qui avaient demandé l'annulation du scrutin ont fait marche arrière dimanche. Trois d'entre eux se sont dits prêts à accepter les conclusions d'une commission d'enquête.

Samedi, quatorze adversaires du président Hamid Karzaï avaient annoncé qu'ils boycottaient le vote. Ils avaient accusé les autorités électorales de favoriser le chef de l'Etat par intérim et de ne pas avoir été en mesure d'empêcher les irrégularités. Le favori à la présidence avait répliqué dès samedi. «Des millions d'électeurs ont voté sous la pluie, sous la neige et dans des tempêtes de poussière et nous devons respecter leur décision», avait déclaré Hamid Karzaï.

De son côté, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a entériné dimanche les conditions de vote. Elle a jugé la demande d'annulation «injustifiée», ajoutant que «dans l'ensemble, le processus avait été extraordinairement ordonné».

Le président George Bush a présenté l'élection afghane comme une victoire de la démocratie. Sa conseillère pour la sécurité nationale, Condoleezza Rice, a toutefois reconnu dimanche l'existence de «difficultés» dans l'organisation de la présidentielle tout en estimant qu'elles n'affecteraient pas la légitimité du scrutin.